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4 juillet 1970
Je me suis demandé si l'on ne pourrait pas rajouter parmi les
«Notes» ce que
tu as dit la dernière fois, à propos de cet être
psychique qui deviendra l'être
supramental?
Qu'est-ce que tu en dis?
Je dis que c'est important!
Oui!...
C'est au point de vue de l'effet... J'ai peur que tout le monde tout d'un
coup... ait un être psychique! (rire général)
Ah! Mère, tu es unique!
(Mère rit) Mais ça ne fait rien!... C'est bien... Ça va faire des remous.
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(Puis Mère écoute la lecture de quelques extraits
de Sri Aurobindo pour le
Bulletin du mois d'août.)
La conception du Divin en tant que Puissance extér
ieure omnipotente qui a «créé»
le monde et le gouverne
comme un monarque absolu et arbitraire (la conception
chrétienne ou sémitique), n'a jamais été mienne; elle
contredit trop ma vision
et mon expérience depuis trente
ans de sâdhanâ. C'est contre cette conception
que s'élève
l'objection athée – car l'athéisme en Europe a été une
réaction peu
profonde et plutôt enfantine contre une
religiosité exotérique peu profonde et
enfantine avec ses
notions populaires insuffisantes et grossièrement dog
matiques.
Mais quand je parle de la Volonté divine,
j'entends quelque chose de différent:
quelque chose qui
est descendu ici-bas dans un monde d'Ignorance en évo
lution et
qui se tient derrière les choses, faisant pression
sur l'Obscurité avec sa
Lumière, conduisant les choses
vers le mieux possible pour le moment, dans les
condi
tions d'un monde d'Ignorance, et finalement les prépa
rant à la descente
d'un pouvoir divin plus grand qui ne
sera pas une omnipotence atténuée et
conditionnée par
les lois du monde tel qu'il est, mais en pleine action et
qui,
par conséquent, amènera le règne de la lumière, de
la paix, de l'harmonie, de la
joie, de l'amour, de la beauté
et de l'Ananda, car telle est la nature divine.
La Grâce
divine est là, prête à agir à chaque instant, mais elle se
manifeste à
mesure que l'on grandit et que l'on passe de
la Loi de l'Ignorance à la Loi de
la Lumière, et elle n'agit
pas comme un caprice arbitraire, si miraculeuse qu'en
soit souvent l'intervention, mais comme une aide pour
cette croissance et une
Lumière qui conduit et finale
ment délivre. Si nous prenons les faits du monde
tels
qu'ils sont et les faits de l'expérience spirituelle – et ni
l'un ni
l'autre ne peuvent être niés ni négligés –, je ne
vois pas quel autre Divin il
peut y avoir. Ce Divin peut
souvent nous conduire à travers l'obscurité, parce
que
l'obscurité est là en nous et autour de nous, mais c'est
vers la Lumière
qu'il conduit et vers rien d'autre.
Letters on Yoga, XXII. 174
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On ne peut pas dire si la conquête est proche ou non
– il faut poursuivre
régulièrement la méthode de la
sâdhanâ sans penser au proche ni au lointain,
fixé sur le
but, sans exaltation si elle semble proche, ni dépression
si elle
semble encore lointaine.
23.6.1936
Dans la vie, toutes sortes de choses se présentent. On
ne peut pas prendre tout
ce qui vient avec l'idée que c'est
envoyé par le Divin. Il y a un choix à faire,
et le mauvais
choix produit ses conséquences.
Ibid., XXII.475
Ah! ça c'est une bonne chose à dire.
(À Sujata:) Tu me le taperas, je veux donner ça à Nava.
La vie et le mental humains ne sont ni en harmonie
avec la Nature comme le sont
les animaux, ni en harmo
nie avec l'Esprit – ils sont troublés, incohérents, en
conflit avec eux-mêmes, sans harmonie et sans équilibre.
Nous pouvons donc les
considérer comme malades,
sinon comme une maladie eux-mêmes.
Ibid., XXII.499
* *
Plus tard Pas de questions?... Et elle?...
Il y a quelque chose que j'ai observé pour moi... Tu m'as dit, par
exemple,l'autre jour, que la Force travaillait très activement
dans mon corps, et tu me
demandais: «Mais est-ce que tu ne
sens pas?» Et alors, il y a quelque chose
que j'observe, c'est que
j'ai l'impression de vivre constamment avec une
espèce de
conscience très solide et très forte de la Force qui est là, et j'ai
l'impression que c'est cela qui me voile toutes les perceptions:
tout est
comme absorbé là-dedans1. Et ça m'empêche de sentir
tout le reste.
****
1. On pourrait dire: coagulé là-dedans.
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Moi aussi! (Mère rit) C'est comme cela! justement c'est comme cela: j'observais.
On parlait du psychique tout à l'heure; je ne peux pas parler de
psychique, je
ne peux pas parler de choses matérielles ou vitales,
parce que dès que je
m'arrête une seconde, il y a cette Cons
cience qui est là, solide...
Oui-oui...
... Et tout le reste, je ne sais pas.
Exactement la condition ici (chez Mère).
Quand j'ai eu cette expérience pour le psychique (avec R), je me suis dit: «Où
est-il, mon psychique?...» Il est constamment actif, il est mêlé à tout, c'est
lui qui parle; quand les gens posent des questions, c'est à travers lui que je
réponds... Mais je n'ai pas la «sensation» de sa présence.
Je crois que c'est quand l'identification est faite: ce n'est plus un être
séparé, n'est-ce pas.
Oui, je m'inquiétais, je me demandais: est-ce quelque chose qui
voile?
Non! Je crois que c'est quand l'identification avec la conscience physique est
faite. Parce que ça a toujours été comme cela pour moi: de la minute où il y a
eu l'union, après c'était fini, il n'y avait pas «être psychique et le reste»...
C'est lui qui vivait.
Pourtant, je n'ai pas l'impression d'en être là... Mais enfin, je ne
sais pas où
j'en suis, à vrai dire... Parce que dès que je m'arrête
un tout petit peu, c'est
puissant, là, c'est solide, et...
Oui-oui.
Et puis, il n'y a que «ça».
Oui, c'est ça, il n'y a que ça.
Mais, n'est-ce pas, plus l'identification avec l'être véritable se fait, moins
on a le sentiment d'exister, d'être quelqu'un.
Oui
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Le corps lui-même en est arrivé là, il a une grande difficulté à se sentir une
existence séparée, (riant) et le plus curieux c'est que c'est seulement (Mère
touche sa joue), seulement quand il souffre. Par exemple, j'ai constamment mal
aux dents, ici (Mère désigne la bouche et la gorge: comme je te l'ai dit, cette
région-là), et c'est ça, c'est seulement cela qui me donne l'impression d'être «mon
corps». Il ne se sent pas séparé. Alors je crois que ça, c'est la condition
naturelle pour le développement normal.
N'est-ce pas, l'impression que l'on «sent» d'une certaine manière, que l'on «pense»
d'une certaine manière, tout cela est complètement disparu: on reçoit des
indications – quelquefois, de comment telle personne sent et telle autre réagit
–, mais c'est quand il y a un travail à faire, c'est une indication, et c'est
une chose qui se passe là, comme cela (geste à la périphérie, à une distance),
ce n'est pas au-dedans.
Non, j'ai regardé plusieurs fois: j'ai toujours eu l'impression que ça allait
bien (je veux dire pour toi), que le progrès était tout à fait bien. Tu es en
route. Ça va. Et je trouve un grand changement... Ce n'est qu'un coin, peut-être
du mental spéculatif, qui a encore son attitude à lui: ça, assez haut dans le
mental (pas un mental ordinaire, un mental... geste là-haut). Mais ce n'est rien.
(silence)
Mais c'est même curieux, on pourrait dire comme cela: c'est seulement à peu près
cette partie-là (de la joue au menton) qui est consciente de comment sont les
gens et de ce qui vient d'eux, et qui a encore des réactions que l'on pourrait
appeler «personnelles». C'est-à-dire que si l'atmosphère est troublée, eh bien,
il y a du désordre (dans cette partie de Mère), c'est soumis (au désordre
extérieur), et ça semble être la seule partie. Autrement, tout le reste est...
c'est comme baigné-baigné constamment dans le Divin, et automatiquement tout va
au Divin; et la Volonté divine (geste de descente et de diffusion à travers Mère)
traverse et fait agir: automatiquement. Et alors, il y a des moments où, pour
une raison quelconque, le corps appelle (le mantra que je t'ai dit), et ça
produit une... (geste de dilatation) tout d'un coup, toutes les cellules entrent
en béatitude – ça ne dure qu'une minute (même pas une minute, mais quelques
secondes), mais simplement le fait de dire ça, c'est la béatitude. Et après,
tout reprend (geste indiquant le rythme normal).
C'est très intéressant.
Je crois (tu m'as dit l'autre jour qu'il y avait quelque chose qui
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n'allait pas dans ton corps), je crois que dans les endroits qui ne sont pas
encore en voie de transformation, il y a une augmentation, comme une
concentration de la difficulté: on est plus malade à cet endroit-là.
Et la seule chose possible, c'est... (Mère ouvre les mains) la paix du surrender
total, comme ça (geste absolument étal, vaste, immuable): advienne que pourra.
Voilà. Alors, ça va bien.
J'ai remarqué cela, si l'on peut établir à l'endroit qui ne va pas cette paix –
une paix totale, n'est-ce pas, la paix du parfait surrender: on abdique toute
préoccupation, toute aspiration, tout-tout-tout comme cela (même geste étal,
immuable), alors ça aide à mettre de l'ordre.
(Mère prend les mains du disciple)
Ça va. Ça va.
Seulement, pour les gens qui ne savent pas cela, les apparences sont trompeuses:
ils se sentent plus malades, ils ont des attaques, des choses comme cela. Et
alors ils ne comprennent plus.
(long silence)
J'ai eu l'expérience – d'innombrables fois – que quand le corps peut attraper
cette attitude (complète, n'est-ce pas, même par-delà l'aspiration à l'union ou
à la transformation: c'est COMME CELA – même geste étal), c'est presque
miraculeux, instantané. Mais ça revient avec le mauvais mouvement. Ce n'est pas
établi d'une façon permanente – qu'est-ce qu'il faut pour y arriver? Je ne sais
pas... Probablement qu'il n'y ait plus la présence, nulle part, de la
possibilité du mauvais mouvement. Mais c'est difficile...
On respire, on mange, on... c'est le Divin.
Si l'on racontait en détail ce qui se passe, c'est absolument merveilleux!...
Par exemple, en mangeant, quand le corps garde son attitude vraie et la
perception de la Présence divine en toute chose, et naturellement dans ce qu'il
absorbe, et qu'il l'absorbe automatiquement avec cette attitude et qu'il n'y a
pas de contradiction, tout se passe sans aucune difficulté. Et c'est au point
que si l'attitude se «détériore» (quoi que ce soit), ça peut aller jusqu'à... (geste
d'étouffement) avaler de travers, comme cela, en l'espace de quelques secondes.
C'est évidemment une période de transition, mais combien de temps elle durera?
Je ne sais pas... L'harmonie du fonctionnement devient... miraculeuse –
miraculeuse. Seulement ce n'est pas auto-
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matique, ça dépend encore de l'attitude. Ce n'est pas une chose qui s'impose:
c'est une conséquence5.
(long silence)
Douce Mère, avec Sujata, il se produit un phénomène curieux:
tout d'un
coup, elle s'évanouit.
Ah!
Elle tombe par terre... Sans raison, comme cela, tout d'un coup
le contact
est coupé et elle tombe.
(après une longue concentration)
Seulement c'est ennuyeux parce qu'on peut se faire mal en tombant.
C'est arrivé deux fois quand j'étais là, alors je l'ai attrapée. À
quoi cela
tient,je ne sais pas?
Elle n'est pas prévenue, d'aucune manière?
Non, tout d'un coup elle tombe. Mais j'ai remarqué que cela arri
vait tout de
même en fin de matinée, après avoir été longtemps à
travailler debout. Il y a
aussi cela.
Mais matériellement, c'est le sang qui ne monte pas au cerveau... Je crains
qu'elle ne mange pas assez.
Oui, moi, je pense cela aussi. Elle ne se nourrit pas correcte
ment.
Il n'y a pas quelque chose que tu aimerais manger?
(Sujata secoue la tête)
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