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14 octobre 1964
Tu as l'air d'avoir un bon rhume!
Oui! (Mère rit) C'est curieux, j'ai été avec des gens qui avaient toutes sortes
de choses, y compris la fièvre, et je n'ai rien attrapé; et puis l'autre jour, Z
est venu...
Ils ont encore fait des bêtises à l'École, il leur prend des fantaisies
d'indépendance terribles! Tu connais l'histoire?... Ils ont fait un grand
tableau sur le «sommeil» pour l'éducation des enfants (c'est leur affaire), mais
alors ils ont mis en bas, sans me demander la permission, une citation de moi
que j'aurais écrite en 1952, et où j'aurais dit qu'il fallait que les enfants
soient couchés à neuf heures. Or, ils font du cinéma jusqu'à neuf heures et
demie ou dix heures. Alors j'ai reçu une pluie de lettres, de gosses, qui me
demandent: «Que faut-il faire?...» Moi, je n'y comprends rien, je demande ce que
c'est que cette «citation». Puis j'apprends que non seulement ils ont affiché
cela en bas de leur tableau, mais qu'ils ont fait circuler une note de moi où je
dis: «Il faut que les enfants aillent se coucher à neuf heures.» Je dis: «Quoi!»
Je n'ai jamais fait circuler ça! Je l'ai peut-être dit il y a des années, mais
je l'ai dit «comme cela», comme une réflexion, que «ce
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serait mieux»... Ça a fait toute une histoire, j'ai été assaillie de
réclamations. Alors quand Z est arrivé, je lui ai demandé de m'expliquer cette
affaire. Il m'a raconté ce qu'ils avaient fait; mais les professeurs, paraît-il,
voyant cette affiche avec ma citation (probablement des professeurs qui n'aiment
pas le cinéma ou qui sont «contre» celui-ci ou celui-là et qui ont trouvé que
c'était une bonne occasion de faire du raffut) ont dit et VOTÉ entre eux qu'il
fallait en faire une circulaire! – Ils ont simplement oublié de demander ma
permission.
J'ai dit à Z: «Tout de même, c'est un peu fort!» Et il a été bouleversé
probablement, parce que tout d'un coup, quelque chose est venu à travers lui:
c'étaient comme des petites pointes noires (ça ne venait pas de lui directement
– c'étaient peut-être les professeurs!), des petites pointes noires qui se sont
précipitées sur ma gorge. J'ai senti: ça a fait ztt! J'ai dit: «Oh! qu'est-ce
que c'est?» Et j'ai lutté; mais j'ai lutté contre le mal de gorge, et en effet
il ne s'est pas produit – il s'est changé en rhume!
Dans cette École, ils ont un terrible esprit de système.
Oui, systèmes, règles...
Ils mettent tout en système, en formule, ils ont tous leurs
«idées»...
Oui, oui.
... Et ils font leur petite histoire. L'impression subtile que j'ai
de tout cela
n'est pas bonne.
(Ici, Mère tend au disciple la lettre
d'explication de l'auteur de l'affiche.
Cette lettre donne les références de la
citation de Mère: une lettre personnelle
de Mère à une disciple... il y a dix ans.)
C'est cela! une lettre tout à fait privée! De quel droit affichent-ils cela?
Mais ils font cela constamment, pour tout – ils découpent Sri
Aurobindo, ils
découpent Mère, et puis voilà: c'est la Loi, c'est
la Règle, c'est le Principe.
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C'est ça, c'est ça!
Ils n'ont aucun bon sens. Le bon sens, ça leur échappe com
plètement.
Oui. Et maintenant, c'est lui qui a raison (l'auteur de l'affiche) et moi qui ai
tort!
(silence)
Quand j'étais là-bas au Terrain de jeu1 (c'était probablement à cause de ma
présence), au bout de dix minutes, tous les petits enfants étaient profondément
endormis, et comme il ne fait pas froid et qu'ils étaient couchés sur des nattes,
ils dormaient là tranquillement jusqu'à la fin du spectacle.
À ce moment-là, c'est vrai, le cinéma n'avait lieu qu'une fois par semaine.
Maintenant, tu sais comment c'est, c'est une émulation: chacun veut amener des
films; alors l'un s'est adressé à l'ambassade de France, l'autre s'est adressé à
l'ambassade d'Angleterre, l'autre à l'ambassade d'Amérique, l'autre à
l'ambassade de Russie, d'Allemagne, d'Italie... De toutes les ambassades, ça
pleut. Et comment faire un choix? Comment décider sans vexer l'un ou l'autre?
Avant, il était entendu que le cinéma n'avait lieu que le samedi, et comme cela,
le dimanche matin, ils pouvaient se lever une heure plus tard s'ils avaient
sommeil. Maintenant, en effet, ça se passe deux et trois fois par semaine. Mais
c'est la faute de ces gens! Chacun a mis son amour-propre à amener des films de
son ambassade. Comment refuser aux uns et accepter les autres?
Mais pour moi, ces cinémas ne sont pas le plus grand obstacle, je ne le crois
pas. Ce qui est beaucoup plus mauvais, ce sont tous les romans illustrés qu'ils
lisent – ils passent leur temps à lire ces choses.
Et le pire de tout – le pire de tout –, c'est quand la famille arrive! Oh!...
ces parents sont des êtres affreux, ils leur disent tout le contraire de ce que
nous leur disons, et puis ils se disputent, ils se querellent devant eux, ils
leur racontent toutes les petites histoires de famille.
Moi, je crois que ça ne sert à rien de coucher un enfant s'il ne dort pas – il
faut qu'il soit tranquille avant de dormir. Si on leur donnait une atmosphère un
peu tranquille, ils pourraient dormir...
Ça m'a fait souvenir de toutes sortes de choses de mon enfance,
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ma petite enfance: ma grand'mère habitait dans la maison voisine de la nôtre, et
la nuit (le soir après dîner), on allait la voir avant de se coucher. Je ne peux
pas dire que c'était très amusant, mais elle avait de très bons fauteuils (!),
et alors pendant que ma mère parlait avec elle, j'avais un de ces sommeils là-bas,
admirable! couchée dans ce fauteuil – une espèce de sommeil béatifique. Mais
quelqu'un qui aurait vu cela du dehors, sans savoir, aurait dit: «Voilà! on
oblige cet enfant à rester éveillée jusqu'à des dix heures au lieu de dormir.»
Mais je me reposais merveilleusement!
Donc, ça dépend de l'enfant. Et s'il a vraiment sommeil, qu'est-ce qui l'empêche
de dormir?... Ce qu'il faut, c'est leur donner une atmosphère tranquille, autant
de tranquillité que possible.
Mais ils veulent constamment faire des lois générales alors que
c'est une
affaire, toujours, individuelle.
Tout à fait.
Et une affaire d'expérience – parler avec son expérience. Mais
eux, ils veulent
une Loi, constante et dans tous les détails.
C'est plus commode! Oui, des lois, des lois, des lois. Ils n'ont pas encore
compris.
Je n'aurais rien à dire contre cette affiche s'il y avait eu plusieurs citations
et si la mienne était au milieu des autres; mais ce contre quoi je me suis
élevée, c'est que l'on s'en est servi comme d'une circulaire que l'on a envoyée
dans tous les Départements! Et c'était une lettre privée.
À la rigueur, si cette citation se trouvait parmi beaucoup d'autres... mais il
faudrait TOUJOURS mettre les citations complémentaires – et ils ne le font
jamais.
Je me souviens, une fois, ils ont fait une exposition sur l'Allemagne, à la
bibliothèque. Ils ont affiché une grande citation de Sri Aurobindo où il disait:
«Voilà ce que les Allemands PENSENT D'EUX-MÊMES...», puis toute une citation –
une citation oh!... enfin c'est la race de l'avenir, des génies, ils sauveront
le monde, etc. Mais eux, ils avaient mis tout... sans la première phrase! Alors
je suis arrivée (à ce moment-là, je voyais clair) et je vois ça! et je me
souviens que Sri Aurobindo avait dit: «Voilà ce que les Allemands PENSENT
D'EUX-MÊMES », alors je leur ai dit: «Mais vous avez oublié le plus important,
il faut ajouter ça.» Ils ont fait une tête, mon petit!...
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C'est cette malhonnêteté qui est effrayante – ils coupent, ils enlèvent tout ce
qui est gênant et ils mettent seulement ce qui leur plaît.
Je l'ai dit bien des fois: quand on met une citation de Sri Aurobindo, il
faudrait mettre toujours la citation contraire pour montrer qu'il a tout dit et
qu'il a tout prévu, et qu'il met tout à sa place.
Mais ça ne leur plaît pas!
C'est aussi l'histoire de ce pauvre T. Il a ramassé dans les livres de Sri
Aurobindo tous les passages où il dit que le mental est indispensable à l'homme
(Mère rit), que le mental est le moyen du progrès, que sans le mental la vie
serait incomplète, etc. – il y en a beaucoup, n'est-ce pas!... Et il a oublié
toutes les autres. Alors moi qui suis pleine de «mischief» [malice], j'ai
ramassé (riant) toutes les autres et je l'ai bombardé avec!
Il a pris cela pour une offense personnelle!
Et tous ceux qui viennent me dire: «Mais vous avez dit ça il y a deux ans, et ça
il y a trois ans, et ça...», je dis: «Oui, et maintenant je dis le contraire!...
et je pourrais recommencer à dire la même chose après quelques années!»
Pour leur faire entrer ça dans la tête, c'est difficile.
Oui, ils ont des têtes comme cela (geste verrouillé).
C'est le vrai mal de l'École, il y en a un: l'esprit de système.
Oui. Dogmatisme.
Mais c'est ce qui a changé les enseignements en religion, partout – partout.
Si tu partais, ce serait terrible...
Ils s'étaient réunis avec des gens d'Angleterre ou d'Europe, en disant: «Ah! le
monde a besoin d'une nouvelle religion, c'est le moment de donner une nouvelle
religion...» Et ils voulaient prendre le nom de Sri Aurobindo et en faire une
nouvelle religion! Alors j'ai répondu en disant: «L'ère des religions est passée.»
– Ils n'ont pas compris, mon petit! ils ont été épouvantés. Je leur avais écrit
cela sans explication, comme on jette une chose pour secouer: «L'ère des
religions est passée, c'est le temps de la spiritualité universelle» («universelle»
dans le sens de qui contient
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tout et qui s'adapte à tout). Alors on me répond: «Nous ne comprenons pas, mais
enfin... (riant) puisque c'est vous qui le dites, nous l'acceptons.» J'ai donc
ajouté une explication dans le Bulletin (l'explication est moins forte, mais il
fallait essayer de se faire comprendre), j'ai dit que les religions étaient
fondées sur des expériences spirituelles ramenées à un niveau compréhensible
pour l'humanité, et que la nouvelle phase devait être celle de l'expérience
spirituelle dans sa pureté et non ramenée à un niveau inférieur1.
Mais ça aussi, c'est difficile à comprendre. Enfin... ça me donne des rhumes!
Oui, c'est cela, c'est ça qui donne des rhumes, c'est le dogmatisme, qui fige,
qui durcit, qui enlève la vie.
Et ils sont convaincus qu'ils ont raison et que j'ai tort, et c'est par une
espèce de «respect bienveillant» pour moi (Mère rit) et de politesse qu'ils ne
me disent pas: «Vraiment, vous exagérez, nous avions raison.»
Ah! travaillons2...
***
J'ai reçu une lettre de mon frère... Il dit notamment ceci: «Je
suis décidément
trop "mort" pour écrire... Mes fournées sont
harassantes... c'est un tourbillon
de réponse à donner tout de
suite à ceux qui jettent sur moi leur souffrance,
leur regard ou
leur question. Il faut que je tienne le fil de ma grande paix au
travers de tout cela pour ne pas être démoli.»
... Ces nuits-ci, une expérience se développe. C'est une sorte d'objectivation,
comme des scènes qui se déroulent dont je serais l'un des personnages; mais ce
n'est pas «moi»: c'est un personnage quelconque que je joue pour avoir la double
conscience, la conscience ordinaire et la vraie conscience en même temps.
C'était toute une série d'expériences pour montrer simultanément la Vraie Chose
et l'espèce de demi-mort (c'est son mot qui m'y fait
****
1. Voici le texte exact tel qu'il a été publié dans le Bulletin de l'Ashram, en
août: «Pourquoi les hommes s'accrochent-ils à une religion? Les religions sont
basées sur des croyances, qui sont des expériences spirituelles ramenées à un
niveau où elles sont faciles à comprendre, mais aux dépens de l'intégralité de
leur pureté et de leur vérité. L'ère des religions est passée. Nous sommes
entrés dans l'âge de la spiritualité universelle, de l'expérience spirituelle
dans sa pureté première.»
2. Nous n'avons malheureusement pas gardé l'enregistrement de ce début, le
jugeant (à l'époque) trop anecdotique (!).
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penser: «je suis trop mort...»), la demi-mort du mental. Dans ces expériences,
l'état de la mentalité ordinaire est quelque chose de sec (pas exactement dur
parce que c'est friable), mais sans vie, sans vibration – sec, froid; et en
coloration, c'est toujours grisâtre. Et alors, avec une tension au maximum, un
effort pour comprendre et se souvenir et savoir – savoir ce que l'on doit faire:
savoir, quand on va quelque part, comment y aller; savoir ce que feront les gens,
savoir... Tout, n'est-ce pas, est une question perpétuelle du mental (c'est
subconscient dans le mental – certains en sont conscients, mais même chez ceux
qui sont apparemment tranquilles, c'est là constamment, cette tension pour
savoir). Et c'est une espèce de chose superficielle, sans profondeur, froide et
sèche, SANS VIBRATION. En même temps, comme par bouffées, la vraie conscience
vient, comme un contraste. Et ça se passe en des circonstances presque
cinématographiques (il y a une histoire, toujours, pour que ce soit plus
vivant). Par exemple, la nuit dernière (c'est une histoire au milieu de
beaucoup-beaucoup d'autres), le «je» qui était conscient à ce moment-là (qui
n'est pas moi, n'est-ce pas), le «je» qui jouait devait aller quelque part: il
se trouvait à un endroit avec des gens et il devait traverser la ville pour
aller quelque part, et elle ne savait rien, ni la route ni le nom de l'endroit
où elle allait, ni la personne qu'elle devait voir – elle ne savait rien. Elle
ne savait rien, mais elle savait qu'elle devait aller. Et alors, cette tension:
comment, comment savoir? comment savoir? Et questionnant des gens, demandant,
tâchant d'expliquer: «Vous savez, c'est comme ceci et comme cela...»,
d'innombrables détails (ça dure des heures). Et de temps en temps, un flot de
lumière – chaude, dorée, vivante, confortable – et le sentiment que tout est
arrangé d'avance, que tout ce qu'il faudra savoir sera su, que le chemin est
tout préparé d'avance – qu'il n'y a qu'à se laisser vivre! Ça vient comme cela,
par bouffées. Et alors, il y a une intensité de contraste entre cet état
constant du mental, qui est un énorme effort de tension, de volonté concentrée,
et puis... et puis cette gloire. Cette gloire confortable, n'est-ce pas, où l'on
se laisse aller dans un bonheur confiant: «Mais tout est prêt, tout est lumineux,
tout est su .... Il n'y a qu'à se laisser vivre.» Il n'y a qu'à se laisser
vivre.
C'est comme si l'on jouait une pièce pour que ce soit plus vivant, plus réel –
un sujet, un autre sujet, ceci, cela... Si l'on entre dans un état, puis qu'une
autre fois on entre dans l'autre état, on peut se souvenir de la différence et
c'est utile, mais sous cette forme de pièce, avec la double conscience,
l'opposition devient tellement réelle, tellement concrète que... on sort de là
en se demandant:
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«Comment peut-on continuer à vivre cette aberration quand on a une fois TOUCHÉ –
touché, eu l'expérience de la Vraie Chose?»
C'est comme si l'on prenait le corps comme un enfant pour lui faire son
éducation. Parce que ce mental dont je parle, c'est le mental physique, le
mental matériel (pas le mental spéculatif: la vibration n'est pas du tout la
même), c'est le mental DE LA TERRE, le mental de la vie de chaque jour, le
mental que l'on porte avec chaque mouvement que l'on fait et qui est pour le
corps une telle fatigue!... une telle tension, une angoisse – on a l'angoisse de
vivre. Oui, l'impression d'une mort vivante.
Ce matin, quand je suis sortie de là, je me suis dit: «C'est curieux»... Mais le
corps apprend sa leçon; comme cela, il apprend sa leçon. Et tout de même, il
continue cette sale habitude de vouloir des règles, de vouloir d'avance ce qu'il
doit faire, de vouloir savoir d'avance comment il doit le faire, d'organiser sa
vie avec un cadre, là, au lieu de se laisser vivre.
C'est tout à fait la même histoire que pour l'École.
C'est se faire une cage de fer et se mettre dedans.
C'était tout à fait cela.
Essayant d'expliquer à quelqu'un: «Vous savez, c'est un endroit comme ceci et
comme cela, et la personne qui est là est comme cela – vous savez, cette
personne qui a fait telle et telle chose...»
On essaye une quantité de jalons... pour arriver à se construire sa cage. Et
puis, tout d'un coup, un souffle – un souffle lumineux, doré, chaud, détendu,
confortable: «Ah! mais c'est évident, c'est comme cela! mais je serai PORTÉE
tout naturellement à l'endroit, qu'est-ce que cette complication!?»
C'est le corps qui apprend sa leçon. Il apprend sa leçon.
Il apprend aussi la leçon de la «maladie» – de l'illusion de la maladie. Ça,
c'est très-très amusant. Très amusant. La différence entre la Chose elle-même
telle qu'elle est, le genre de désordre quel qu'il soit, et la vieille habitude
de sentir et de recevoir la chose, l'habitude ordinaire, ce que l'on appelle la
maladie: «Je suis malade.» C'est très amusant. Et TOUJOURS, si l'on reste
vraiment tranquille (c'est difficile d'être vraiment-vraiment tranquille – dans
le vital et le mental, c'est très facile, mais dans les cellules du corps, être
tout à fait tranquille SANS ÊTRE TAMASIQUE, c'est un peu difficile, il faut
apprendre), mais quand on arrive à être vraiment tranquille, il y a TOUJOURS une
petite lumière – une petite lumière chaude, très brillante, et merveilleusement
tranquille, derrière; comme si elle disait: «Tu n'as qu'à vouloir.» Alors les
cellules du corps s'affolent: «Comment vouloir? comment est-ce
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que je peux? La maladie est sur moi, je suis dominé. Comment est-ce que je peux:
c'est une maladie » – toute la comédie (et ce n'était pas dans le sommeil:
j'étais tout à fait réveillée, ce matin), c'est «une maladie». Alors quelque
chose, qui est d'une sagesse générale, dit: «Calme-toi, calme-toi, (riant) ne
reste pas attaché à ta maladie! Calme-toi. Comme si tu désirais être malade!
calme-toi.» Alors elles consentent – elles «consentent», tu sais comme l'enfant
que l'on gronde: «Bon, c'est bien, je vais essayer.» Elles essayent –
immédiatement, de nouveau, cette petite lumière vient: «Tu n'as qu'à vouloir.»
Et une ou deux fois, pour une chose ou une autre (parce que le Désordre est
quelque chose de général: on peut souffrir à n'importe quel endroit, avoir un
désordre à n'importe quel endroit si l'on accepte une certaine vibration), sur
ce point, on consent – la minute d'après, c'est fini. Pas la minute: quelques
secondes, fini. Alors les cellules se souviennent: «Mais comment se fait-il?
j'avais mal là...» Ploc! tout revient. Et toute la comédie se déroule,
constamment, comme cela.
Donc, si elles apprenaient vraiment la leçon...
Les choses viennent du dehors, on ne peut pas toujours les empêcher de venir;
c'est comme ce que je t'ai raconté, ces petites aiguilles noires (on ne fait pas
attention, on n'est pas tout le temps à se protéger!) Mais si, à ce moment-là,
on avait la vraie attitude... C'était assez curieux, parce que c'était venu à la
gorge, et j'étais assez ennuyée, je n'aime pas quand c'est là, et je me suis
concentrée pour que ce ne soit pas là, et le mal n'est pas venu là... (riant) il
a tourné en rhume!
Oh! elles apprennent leur leçon tout le temps, tout le temps. Toutes les choses,
tout ce qui arrive, c'est tou-jours une leçon – toujours. Toujours-toujours:
toutes les querelles, toutes les difficultés, tous les ennuis, toutes les
soi-disant maladies, tout, tous les désordres, c'est pour vous apprendre une
leçon – dès qu'on apprend la leçon, c'est fini! Mais alors, on est tellement
lent et lourd, on met tant de temps à s'apercevoir que c'est une leçon, que ça
dure et ça dure et ça dure.
Et pour toutes les choses, comme pour cette histoire d'argent, ce matin, c'était
une leçon à apprendre. Mais ce n'est pas une leçon individuelle, tu comprends;
le malheur, c'est que ça ne dépend pas d'un individu: ça dépend de groupes, ou
d'une qualité d'individu, ou d'une manière d'être de la vie humaine, ou... Il
faut que le tout apprenne la leçon.
Peut-être... peut-être, s'il y a un être symbolique (c'est ce que je commence à
me demander), s'il y a un être symbolique qui ait le
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pouvoir (il faut avoir beaucoup d'endurance!), le pouvoir de CONTENIR la
représentation de tous ces désordres et de travailler sur cette représentation
symbolique, ça doit aider le tout. Parce que s'il faut que toute une manière
d'être de l'humanité change pour que la Victoire soit remportée, ça va durer des
millions d'années! Peut-être est-ce pour cela qu'il y a des êtres symboliques.
C'est ce que je suis en train de me demander.
Dans le domaine des idées, il n'y a pas de problèmes, c'est tout résolu, depuis
longtemps – c'est dans le fait, dans le fait matériel du corps... Il commence à
apprendre sa leçon. Il commence à apprendre. Et alors, au lieu de cette réponse
égoïste qui consiste à dire: «Ah! non, je ne veux pas de ça, je n'en veux pas! (riant)
je suis au-dessus de cette faiblesse et de ce désordre», laisser venir, accepter
et voir quelle est la solution. C'est-à-dire, au lieu du vieux problème: le
rejet de la vie, le rejet de la difficulté, le rejet du désordre et la fuite
dans le Nirvâna, c'est l'acceptation de tout – et la Victoire.
Ça, c'est vraiment (autant que je sache) la nouvelle chose que Sri Aurobindo a
apportée. Non seulement l'idée que c'est possible, mais que c'est la vraie
solution, et l'idée que l'on peut commencer maintenant. Je ne dis pas que l'on
arrivera au bout maintenant, je n'en sais rien, mais l'idée que c'est maintenant
que l'on peut commencer, que le moment est venu où l'on peut commencer, et que
c'est la seule vraie solution, que l'autre solution n'est pas une solution –
enfin, c'était une expérience nécessaire dans la marche universelle, mais la
fuite n'est pas une solution: c'est la Victoire qui est la solution. Et le
moment est venu où l'on peut essayer.
Et tout le bon sens ordinaire (qui est encore triomphant dans ce monde) me dit:
«Tu t'en fais des illusions, mon petit! Tu arranges les choses pour ta
satisfaction, c'est pour dorer la pilule», etc., et ça vient comme cela,
régulièrement, par vagues. Eh bien... ça fait partie du problème aussi. Mais il
y aura un temps où certaines vérités seront reconnues pour vraies et ne seront
plus contestées; à ce moment-là, le Travail sera plus facile. Mais pour en
arriver là, il faut au moins qu'il y ait un commencement d'expérience, un
commencement de réalisation pour pouvoir dire: «Mais voilà la preuve.»
Ça me paraît être le processus en cours.
C'est une besogne assez obscure qui se fait en ce moment... Je me souviens du
jour où Sri Aurobindo m'a dit (nous étions encore dans l'autre maison), il m'a
dit: «Oui, vous êtes en train de faire une œuvre du Surmental, une création du
Surmental, vous ferez
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des tas de miracles et le monde tout entier vous admirera!... Mais ce n'est pas
ça, la Vérité que nous voulons.» Je t'ai raconté cela. Eh bien, ce souvenir-là
vient m'aider très souvent. J'ai dit: «C'est ça, nous ne sommes pas pour les
flonflons de la victoire populaire!»
C'est sans gloire. Mais ça n'a pas besoin de gloire du tout! Je lui ai dit cela:
«Je n'ai pas besoin de gloire et je ne me soucie absolument pas de l'admiration
publique! (riant) ça n'a aucune place dans ma conscience.»
Mais je comprends... Oh! comme il y a des manières plus profondes de comprendre
les choses.
Le corps apprend sa leçon.
(Le disciple s'apprête à partir)
Avec ce rhume, je ne vois plus du tout, même pas pour écrire.
Mais figure-toi que j'ai certaines cartes importantes à écrire pour les
«birthdays», et j'ai été prévenue un mois d'avance! J'ai été prévenue, il m'a
été dit et répété: «Écris ces choses.» Alors le bon sens dit: «Mais j'ai le
temps!» – «Écris ces choses.» Donc, j'ai écrit. Et maintenant, si j'avais à les
écrire, je serais ennuyée!
Tout le temps, tout le temps je reçois des indications, qui ont l'air d'une
banalité!... Et pour tout, pour la moindre petite chose: «Ne mets pas cet objet
comme cela: mets-le comme cela» (Mère déplace un objet sur sa table), et tout
d'un coup il arrive quelque chose, et ça casse ou ça tombe... C'est vraiment
très intéressant.
(Mère consulte son emploi du temps) Des flots, des douzaines de gens m'écrivent:
«Je VEUX vous voir, je VEUX vous voir...» C'est comme cela: «Je VEUX vous voir
le jour de ma fête, je VEUX...» Maintenant, je réponds très carrément:
«Impossible, pas le temps», et je ne donne pas d'explication. Mais certains
jours, je suis libre, alors la liste s'allonge, il y a des quinze, vingt,
vingt-cinq personnes. Si l'on y pense, ça paraît impossible; on y va, on se met
dans un certain état, on appelle le Seigneur et on vit dans Son Éternité – et
puis c'est fini sans même que l'on s'en soit aperçu!
La vie est sur le point de devenir merveilleuse – mais on ne sait pas la vivre.
Il faut encore apprendre. Quand on apprendra vraiment, ce sera quelque chose1.
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