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ENTRETIENS
1956
LA MÈRE
Note de l'Éditeur
Cette nouvelle série d'entretiens a paru pour la
première fois dans le Bulletin du Centre International
d'Éducation, mais d'une façon fragmentaire et souvent
tronquée. Nous en donnons maintenant le texte intégral tel qu'il a été enregistré sur bande magnétique,
avec quelques rares additions ou modifications que
Mère a faites elle-même ça et là au moment de la
première publication.
Entretiens
Le 4 janvier 1956
"Si nous voulons tenter un yoga intégral, autant partir
d'une idée du Divin qui soit elle-même intégrale. Il faut
une aspiration assez, vaste dans le cœur pour que la
réalisation soit sans étroites limites. Non seulement
mus devons éviter le point de vue religieux sectaire,
mais toutes les conceptions philosophiques exclusives
qui essaient d'enfermer l'Ineffable dans une formule
mentale restrictive."
(Synthèse des Yoga, p. 93)¹
Douce Mère, qu'est-ce que Sri Aurobindo entend
par une "idée intégrale du Divin" ?
Chacun se fait une idée du Divin selon son goût
personnel, ses possibilités de compréhension,
ses préférences mentales, et même ses désirs. On se
fait l'idée du Divin que l'on veut, du Divin que l'on
désire rencontrer, et alors naturellement on limite
considérablement sa réalisation.
Mais si l'on peut arriver à comprendre que le Divin
est tout ce que nous pouvons concevoir, et infiniment
plus, nous commençons à nous acheminer vers l'intégralité. L'intégralité est une chose extrêmement difficile
pour une conscience humaine, qui ne commence à être consciente qu'en limitant.
¹Les références de la Synthèse des Yoga se rapportent au texte original anglais
(édition de 1955).
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Mais enfin avec un petit
effort, pour ceux qui savent jouer avec les activités
mentales, il est possible de s'élargir suffisamment pour
approcher de quelque chose d'intégral.
Tu te fais une idée du Divin, n'est-ce pas, qui
s'accorde à ta propre nature et à ta propre conception.
Alors si tu veux sortir un peu de toi-même et tâcher de
faire justement un yoga intégral, il faut que tu essaies
de comprendre que le Divin n'est pas seulement tel
que tu le penses ou tel que tu le sens, mais qu'il est
aussi comme le pensent et le sentent tous les autres — et
en plus, quelque chose que personne ne peut penser et
ne peut sentir.
Alors si tu comprends cela, tu as mis le premier pas
sur le chemin de l'intégralité.
Instinctivement, et sans même s'en rendre compte,
les gens s'obstinent à vouloir que le Divin s'accorde à
leurs conceptions. Parce que tout spontanément, s'ils
ne réfléchissent pas, ils vous disent : "Oh ! ça c'est
divin, ça ce ne l'est pas !" Qu'est-ce qu'ils en
savent ? Et puis, il y a ceux qui n'ont pas encore mis le
pas sur le chemin, qui arrivent ici et qui voient les
choses, ou qui voient les gens, et qui vous disent : "Cet Ashram n'a rien à voir avec le Divin, ce n'est pas
du tout divin". Mais si on leur demande : "Qu'est-ce
qui est divin ?" ils seraient bien embarrassés de le
dire ; ils n'en savent rien. Et moins on sait, plus on
juge ; c'est un fait absolu. Plus on sait, moins on peut
prononcer de jugements sur les choses.
Et il y a un moment où tout ce que l'on peut faire,
c'est une constatation ; mais juger, c'est impossible. On peut voir les choses, les voir comme elles sont, dans
leurs relations et à la place qu'elles occupent, avec la conscience de la
différence entre la place qu'elles occupent et celle qu'elles devraient occuper
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(parce
que cela, c'est le grand désordre dans le monde), mais
on ne juge pas. Simplement on voit.
Et il y a un moment où l'on serait incapable de
dire : "Ça, c'est divin et ça, ce ne l'est pas", parce
qu'il y a un moment où l'on perçoit tout l'univers
d'une façon si totale et compréhensive, qu'à vrai dire
il est impossible d'en retirer quelque chose sans tout
déranger.
Et encore un ou deux pas de plus et on sait d'une
façon certaine que ce qui nous choque comme étant
une contradiction du Divin, ce sont tout simplement
des choses qui ne sont pas à leur place. Il faut que
chaque chose soit exactement à sa place et, en plus,
qu'elle soit assez souple, assez plastique, pour
admettre dans une organisation harmonieuse, progressive, tous les éléments
nouveaux qui s'ajoutent constamment à l'univers manifesté. L'univers est en
perpétuel mouvement de réorganisation intérieure, et
en même temps il s'agrandit pour ainsi dire, ou se
complique de plus en plus, devient de plus en plus complet, de plus en plus
intégral — et cela, indéfiniment. Et à mesure que les éléments nouveaux se
manifestent, toute la réorganisation doit être refaite
sur une base nouvelle, ce qui fait qu'il n'est pas une
seconde où tout ne soit dans un mouvement perpétuel.
Mais si le mouvement est selon l'ordre divin, il est
harmonieux, si parfaitement harmonieux qu'il n'est
presque pas perceptible, qu'il est difficile de le
percevoir.
Maintenant, si l'on redescend de cette conscience
vers une conscience plus extérieure, naturellement on commence à sentir d'une
façon très précise
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les choses
qui vous aident à atteindre à la vraie conscience et
celles qui barrent le chemin, ou qui tirent en arrière,
ou qui même luttent contre l'avance. Et alors le point
de vue change et on est obligé de dire : ceci est divin,
ou ceci aide vers le Divin ; et cela est contre le Divin,
c'est l'ennemi du Divin.
Mais c'est un point de vue pragmatique, pour
l'action, pour le mouvement dans la vie matérielle —
parce que l'on n'a pas encore atteint à la conscience
qui dépasse tout cela; parce qu'on n'est pas arrivé à
cette perfection intérieure qui fait que l'on n'a plus à
lutter parce qu'on a dépassé la zone de la lutte, ou le
temps de la lutte, ou l'utilité de la lutte. Mais avant
cela, avant d'arriver à cet état-là dans sa conscience et
dans son action, il y a nécessairement lutte, et s'il y a
lutte, il y a choix, et pour le choix il faut le discernement.
Et le plus sûr moyen d'avoir le discernement, c'est
une soumission consciente, volontaire, et aussi totale
que possible à la Volonté et à la Direction divines.
Alors on ne risque pas de se tromper. Et de prendre
des fausses lumières pour des vraies.
Douce Mère, Sri Aurobindo dit ici: "En Lui,, sont
l'Amour et la Béatitude de V Amant divin infini qui
attire toutes les choses par leur propre chemin vers son
heureuse unité."
(Ibid., p. 94)
Toutes les choses sont attirées par le Divin. Les forces
hostiles aussi sont attirées par le Divin ?
Cela dépend du point de vue, on ne peut pas dire
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cela. Parce qu'il y a une attraction potentielle, mais
tellement voilée et tellement secrète qu'on ne peut
même pas la reconnaître comme une chose existante.
Dans la matière, qui a une apparence d'inertie
(c'est seulement une apparence, mais enfin) l'attraction vers le Divin est une possibilité plus qu'un fait;
c'est-à-dire que c'est quelque chose qui se développera,
mais qui n'existe pas encore d'une façon perceptible.
On peut dire que toute conscience, qu'elle le sache
ou non — même si elle ne le sait pas — gravite vers le
Divin. Mais il faut qu'il y ait déjà conscience pour
pouvoir affirmer cela.
Et même parmi les êtres humains, qui pour le moment sur la terre sont les êtres les plus conscients, il y
en a une immense majorité qui sont potentiellement
attirés vers le Divin, mais qui n'en savent rien ; et il y
en a même qui délibérément refusent cette attraction.
Peut-être que dans leur refus, derrière lui, il y a quelque chose qui se prépare ; mais ce n'est ni volontairement ni sciemment.
Et alors (adressant à l'enfant) quelle était la fin de ta
question ?... D'abord, tu postules une chose qui n'est
pas correcte, et là-dessus tu poses une question qui
naturellement ne tient pas debout, parce que le
postulat n'était pas correct.
Je voulais dire...
Oui, oui, je sais très bien ce que tu veux dire.
En fait, finalement, tout sera attiré par le Divin.
Seulement, il y a des chemins directs, et il y a des
chemins en labyrinthe où l'on semble s'éloigner
pendant très longtemps avant de se rapprocher. Et il y a des êtres qui ont
choisi le chemin en labyrinthe, et qui ont l'intention d'y rester aussi
longtemps qu'ils peuvent.
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Alors, apparemment, ce sont des êtres qui
luttent contre le Divin.
Quoique ceux qui sont d'une nature supérieure
savent très bien que c'est une lutte absolument vaine
et inutile, sans issue; mais ils prennent plaisir à le
faire. Même si cela doit les mener à la destruction, ils
ont décidé qu'ils le feraient.
Il y a des êtres humains aussi qui se livrent au vice —
un vice ou un autre, comme les boissons alcooliques
ou les piqûres anesthésiques — et qui savent très bien
que cela les conduit à la destruction et à la mort. Mais
ils choisissent de le faire, sciemment.
Ils n'ont pas le contrôle d'eux-mêmes.
Il y a toujours un moment où tout le monde a le
contrôle. Et si l'on n'avait pas dit oui une fois, si l'on
n'avait pas pris la décision, on ne le ferait pas.
Il n'y a pas un corps humain qui n'ait l'énergie et
la capacité de résister à une chose qui lui est imposée — si on le laisse faire. Les gens qui vous disent : "Je
ne peux pas faire autrement", c'est parce qu'au fond
d'eux-mêmes, ils ne veulent pas faire autrement ; ils
ont accepté d'être les esclaves de leur vice. Il y 'a un
moment où l'on accepte.
Et je vais plus loin, je dis : il y a un moment où l'on
accepte d'être malade. Si l'on n'acceptait pas d'être
malade, on ne le serait pas. Seulement les gens sont
tellement inconscients d'eux-mêmes et de leurs mouvements intérieurs, qu'ils ne s'aperçoivent même pas de
ce qu'ils font.
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Mais tout dépend de la façon dont on regarde les
choses. D'un certain point de vue, il n'est rien qui
soit totalement inutile dans le monde. Seulement, les
choses qui étaient tolérables et admissibles à un. certain moment, ne le sont plus à un autre. Et quand
elles ne deviennent plus admissibles, on commence
à dire qu'elles sont mauvaises, parce que, alors, une
volonté s'éveille de les chasser. Mais dans l'histoire universelle (on peut même
dire dans l'histoire terrestre, pour réduire le problème à notre petite planète), je pense que toutes les choses qui existent, ont
eu leur nécessité et leur importance à un moment
donné. Et c'est à mesure que l'on avance, que ces
choses sont repoussées ou remplacées par d'autres
qui appartiennent à l'avenir au lieu d'appartenir
au passé. Alors, des choses qui n'ont plus de raison
d'être, on dit : "Elles sont mauvaises", parce qu'on
essaie de trouver en soi un levier pour les repousser,
pour rompre avec l'habitude. Mais peut-être qu'à
un moment donné elles n'étaient pas mauvaises, et
que c'étaient d'autres choses qui l'étaient.
Il y a des manières d'être, des manières de sentir,
des manières de faire, que l'on tolère dans son être
pendant fort longtemps, et qui ne vous gênent pas,
qui ne vous paraissent pas du tout inutiles ou mauvaises, ou à éliminer. Et puis tout d'un coup, un jour,
on ne sait pas pourquoi ni ce qui est arrivé, mais la
façon de voir change, on les regarde et on dit : "Mais
comment ! ça c'est en moi, je porte ça en moi ?
Mais c'est intolérable, mais je n'en veux plus." Et
cela vous paraît tout à coup mauvais parce que c'est
le moment de les rejeter, parce qu'elles ne s'accordent
pas à l'attitude que vous avez prise ou au pas que vous avez fait,
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à votre marche en avant dans le monde.
Ces choses-là devraient être ailleurs, elles ne sont plus
à leur place, donc vous les trouvez mauvaises. Mais
peut-être que ces mêmes choses qui vous paraissent
mauvaises, seraient excellentes pour d'autres gens qui
sont à un degré inférieur.
Il y a toujours plus sombre, plus inconscient, plus
mauvais, plus ignorant que soi. Alors l'état qui pour
vous, est intolérable, que vous ne pouvez plus garder,
qui doit s'en aller, serait peut-être très lumineux pour
ceux qui sont à des échelons en bas. De quel droit
allez-vous dire : "C'est mauvais" ? On peut seulement
dire : "Je n'en veux plus. Je n'en veux plus, ça ne
va pas avec ma manière d'être actuelle, moi je veux
aller à un endroit où ces choses n'ont plus de place ; elles ne sont plus à leur place, qu'elles aillent prendre
une place ailleurs !" Mais on ne peut pas juger. Il
est impossible de dire : "C'est mauvais". On peut
tout au plus dire : "C'est mauvais pour moi, ce
n'est plus à sa place avec moi, ça doit s'en aller".
C'est tout. Et on le laisse tomber sur le chemin.
Et cela facilite beaucoup, beaucoup le progrès, de
penser et de sentir comme cela, au lieu de s'asseoir
en désespoir et de se dire toutes sortes de choses
lamentables, et comment on est, et la misère que l'on
porte et les défauts que l'on a et les impossibilités qui
vous assaillent et tout cela. On dit : "Non non, ces
choses-là ne sont plus à leur place ici, qu'elles s'en
aillent ailleurs, là où elles seront à leur place et les bienvenues. Moi, j'avance, je vais gravir un échelon,
j'irai vers une lumière plus pure, et meilleure, et plus
totale ; et alors toutes ces choses qui aiment l'obscurité, elles doivent s'en aller." Mais c'est tout.
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Chaque fois que l'on voit en soi quelque chose qui
nous paraît vraiment vilain, eh bien, cela prouve
que l'on a fait un progrès. Alors au lieu de se lamenter
et de se désespérer, on doit être content, on dit ; "Ah ! c'est bon, je marche".
Mère, que veut dire un "yoga puissant" ?
Un yoga puissant ? Vous ne savez pas ce que veut
dire puissant ?
Mais ici Sri Aurobindo dit: "Cette préparation
intellectuelle peut, certes, être le premier pas dans
un yoga puissant, mais elle n'est pas indispensable.''
(Ibid.p.92)
Oui. Un yoga puissant, c'est un yoga très complet,
qui contient beaucoup de choses, qui embrasse beaucoup d'éléments. Alors cet élément de connaissance
intellectuelle rend le yoga plus puissant.
Est-ce la même chose que le yoga intégral ?
Pas tout à fait. Un yoga intégral, c'est celui qui
comporte toutes les parties de l'être et toutes les activités de l'être. Mais les activités de l'un ne sont pas
aussi puissantes que les activités de l'autre ; et l'intégralité de l'un n'est pas aussi totale que l'intégralité
de l'autre. Vous ne comprenez pas ?
Si tout votre être, tel qu'il est, participe au yoga, c'est pour
vous un yoga intégral. Mais votre participation peut être très faible et très médiocre à côté
de celle d'un autre, et le nombre d'éléments de conscience que vous contenez
peut être minime à côté des éléments de conscience contenus dans un autre.
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Et pourtant votre yoga est intégral pour vous, c'est-à-dire qu'il est fait dans toutes les parties et toutes les
activités de votre être.
Moi, j'avais un chat qui faisait le yoga. Eh bien,
le yoga du chat ne pouvait pas être aussi puissant
que le yoga de l'homme, et pourtant il était aussi intégral, il était tout
entier ; même son corps participait à son yoga. Mais sa manière, naturellement,
n'était pas humaine.
Mère, que veut dire: "L'idée-force dynamique" ?
C'est une idée qui vous donne de la volonté, de
l'enthousiasme et un pouvoir de réalisation. Une
chose dynamique est ce qui tend vers la réalisation et
qui vous donne l'élan vers la réalisation.
Ici, Sri Aurobindo écrit: "Cependant, plus est grande
et large l'idée-force dynamique sur laquelle se fonde la
consécration, mieux cela vaut pour le chercheur" ?
(Ibid., p. 93)
Vous n'avez jamais senti la différence entre une
petite idée et une grande idée, une idée étroite et
une idée large ?
Mais avant, Sri Aurobindo a dit que si c'est accompagne
par le don de soi, cela suffit. Après, il dit: mais si
c'est large, c'est mieux.
Écoutez, je vais vous donner un exemple tout à
fait concret et matériel. Vous faites le don de votre porte-monnaie ; il
contient trois roupies.
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Votre voisin fait le don de son porte-monnaie, qui en contient
cinquante. Eh bien, le don de cinquante roupies est
plus large que le don de trois. C'est tout.
Mais au point de vue moral, si vous avez donné tout ce que vous avez, vous avez fait le maximum de
ce que vous pouvez faire, rien de plus ne peut vous
être demandé ; vous comprenez, au point de vue
moral, au point de vue spirituel pur, pas au point
de vue de la réalisation. Au point de vue spirituel
pur, le don de vos trois roupies a exactement la
même valeur que le don des cinquante roupies. Et
même, celui qui avait cinquante roupies, s'il en a
réservé une, son don est moins intégral et moins pur
que le vôtre où vous ne donnez que trois. Par conséquent, ce n'est pas sur ce plan-là qu'il faut voir la
chose. Mais au point de vue de la réalisation matérielle, il est indéniable que cinquante est plus que
trois, pour tous ceux qui savent les mathématiques !
(silence)
Mère, le Message que tu as donné cette année, tu
expliques un peu ?¹
Le message que j'ai donné cette année, qu'est-ce
que tu lui reproches !
Est-ce que cela implique qu'il y aura de grandes victoires cette année ?
¹Il s'agit du Message de l'année 1956 : "Les plus grandes victoires sont
celles qui font le moins de bruit. La manifestation d'un monde nouveau ne s'annonce pas à coups de tambour."
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Cela veut peut-être dire une chose très simple : qu'il vaut mieux laisser les choses se faire sans en
parler. Moi, je crois que c'est cela que .ça veut dire.
Qu'il est très préférable de ne rien dire de ce qui sera
avant que ce ne soit. Autrement, c'est ce que j'appelle des coups de tambour, ce qu'on pourrait appeler du "battage".
C'est comme ceux qui demandent : "Comment
est-ce que ce sera ?" On verra bien ! Attendez, il faut au moins avoir la
surprise ! ... Et je leur réponds : "Je n'en sais rien". Parce que je me mets
immédiatement dans la conscience du monde. tel
qu'il est, à qui on annonce qu'il va se passer des
choses extraordinaires, et qui est tout à fait incapable
de les imaginer — parce que je vous ai dit une fois,
que si l'on commence à les imaginer, cela veut dire
que c'est déjà là. Pour que vous soyez capables
d'imaginer quelque chose, il faut que cela existe,
autrement vous ne pouvez pas l'imaginer.
Oui, dans notre être supérieur, nous pouvons avoir
une perception très claire, très exacte, très lumineuse,
de ce que c'est. Mais si l'on descend dans la conscience
matérielle, on est obligé de dire : "Eh bien, je n'en
sais rien". Quand ce sera là, je vous dirai comment
ce sera — et je n'aurai même pas besoin de vous le dire
probablement, vous pourrez le voir. J'espère que vous
ferez partie de ceux qui pourront le voir. Parce que
cela encore, il y en a qui ne le pourront pas.
Et alors à quoi cela sert ? A quoi cela sert d'aller
dire aux gens : "C'est là, vous savez, c'est comme
ça". Ils vous répondent comme dans cette pièce que
l'on a jouée : "Mais moi je ne vois rien !" Vous vous
rappelez, c'était dans Le Sage ? Vous ne vous rappelez pas de cela, dans "Le
Sage",
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le messager qui dit
que le Divin est là qui vous écoute, qu'il est présent ?
Et alors quelqu'un répond : "Mais je ne le vois pas !",
et c'est comme cela.
C'est comme les gens qui viennent visiter l'Ashram
et qui disent : "Mais il n'y a pas de spiritualité ici !"...
Comment est-ce qu'ils pourraient la voir ? Avec quels
organes ?
Mais enfin, j'ai bon espoir que quand quelque chose
se manifestera, vous serez capables de le percevoir.
Naturellement, si tout d'un coup il y avait des
apparitions lumineuses, ou que les formes physiques
extérieures changeaient complètement, alors, là, je
crois même qu'un chien ou un chat, ou n'importe
quoi, s'en apercevrait. Mais cela, ça prendra du
temps, ce n'est pas pour tout de suite. Ce n'est pas
pour tout de suite, c'est pour plus loin, beaucoup plus
tard. Beaucoup de grandes choses auront lieu avant
cela, et qui seront beaucoup plus importantes que
cela, notez.
Parce que cela, c'est seulement la fleur qui s'épanouit.
Mais avant qu'elle s'épanouisse, il faut que le principe
de son existence soit dans la racine de la plante.
S'il y a quelque manifestation, est-ce que ce sera purement spirituel, c'est-à-dire que seulement les gens qui
font le yoga pourront le percevoir, ou est-ce qu'il y aura
des conséquences dans le monde actuel ?
Mon petit, pourquoi mets-tu cela au futur ?
Il y a déjà, depuis des années, des conséquences
extraordinaires, fantastiques, dans le monde. Mais
pour le voir, il faut savoir un peu; autrement,
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on prend cela pour des choses tout à fait normales et ordinaires — parce que l'on ne sait même pas comment
cela se produit.
Alors ce sera peut-être exactement la même chose ; il pourra y avoir des changements formidables, des
actions fantastiques, et mon dieu, on dira : "Mais
ça, naturellement, c'est comme ça". Parce que l'on
ne sait pas comment cela se passe.
Une action dans le monde ? — C'est constant.
C'est quelque chose qui se répand et qui agit partout,
qui donne partout des impulsions nouvelles, des orientations nouvelles, des idées nouvelles, des volontés
nouvelles — partout. Mais enfin, comme on ne voit
pas comment cela se fait, on pense que c'est ce que
l'on appelle "tout naturel".
C'est tout naturel. Mais d'un autre naturel que
celui de la Nature physique ordinaire.
Au fond, il est assez logique de dire qu'il faut être
conscient de l'Esprit pour s'apercevoir du travail de
l'Esprit. Si vous n'êtes pas conscient de l'Esprit,
comment pouvez-vous le voir travailler ? Parce que
le résultat de ce que l'Esprit fait, est nécessairement
matériel, dans le monde matériel ; et étant matériel,
vous le trouvez tout naturel. Qu'est-ce que vous
savez de ce que la Nature fait, et qu'est-ce que vous
savez de ce que l'Esprit fait ? Tout ce que la Nature
fait — je parle de la Nature matérielle — on en sait
très peu, presque rien, puisqu'on doit tout le temps
apprendre des choses qui bouleversent tout ce que
l'on croyait savoir auparavant. Et alors, comment
distinguer ce qui est l'oeuvre de la Nature pure, et
l'oeuvre de l'Esprit à travers la Nature ? Il faudrait
savoir les distinguer l'un de l'autre. Et comment les distinguer quand on n'a
pas une conscience tout à fait limpide et certaine de ce que c'est que
l'Esprit,?
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Comment Le reconnaître, et comment voir Son Travail ? Cela me paraît d'une logique très simple.
Le monde continuera. Les choses se passeront. Et
il y aura peut-être une poignée d'hommes qui sauront
comment elles ont été faites. C'est tout.
Et si l'on était, à l'heure actuelle, précipité soudainement, sans transition, dans ce que le monde
était — mettons deux ou trois mille ans auparavant ; oh ! même moins que cela peut-être
— mille ou deux
mille ans auparavant, ce serait une comparaison
tellement suffocante qu'il est probable que très peu
de gens pourraient y résister. Mais comme cela s'est fait "comme ça", avec
l'aimable lenteur de la Nature, avec toutes ses fantaisies, on trouve cela tout
à fait naturel et on ne s'en aperçoit même pas.
Ce n'est pas une image, ce n'est pas de la littérature
quand on dit que si l'on entre dans la conscience
vraie, si l'on change la conscience, eh bien, le monde
lui-même change pour vous. Et ce n'est pas seulement une apparence ou une impression : on voit
autre chose que ce que l'on voit dans la conscience
ordinaire ; les relations sont différentes, les causes
sont différentes, les effets sont différents. Et au lieu
de percevoir seulement' quelque chose qui n'est pas
transparent (on ne voit pas derrière, c'est une surface,
une croûte ; c'est seulement cela qu'on voit, et on ne
voit même pas ce qui meut ça, ce qui le fait exister)
tout se renverse, et c'est cela qui paraît artificiel et
irréel, et presque inexistant. Et alors, quand on voit
les choses de cette façon-là, d'une façon normale,
n'est-ce pas, sans se forcer, sans être obligé de faire des méditations et des
concentrations et des efforts formidables pour voir les choses comme cela, quand
c'est votre vision normale naturelle,
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alors on comprend les choses d'une façon totalement différente
— naturellement, le monde est différent !
Il y a un trajet préliminaire qui est indispensable,
et ceux qui l'ont fait, ce petit trajet préliminaire, eh
bien, il y a toutes sortes de choses, toutes sortes de
spéculations et de questions qu'ils ne peuvent plus
se poser.
Mais vraiment, pour en revenir à notre sujet, ce
que j'ai voulu dire très simplement, c'est qu'un jour,
au moment où l'on me demandait un message (je
le donne parce qu'on me le demande), on me demande et on me dit : "Oh ! nous voulons l'imprimer, est-ce que vous ne pouvez pas nous l'envoyer ?" Alors qu'est-ce que je fais ? Je regarde
l'année qui vient (pour pouvoir en parler, il faut que
je la regarde), je regarde l'année qui vient,, et puis,
en la regardant, je vois en même temps toutes les
imaginations des gens, toutes leurs spéculations et
toutes leurs inventions sur ce qui va se passer dans
cette année soi-disant merveilleuse. Je regarde cela,
et en même temps je regarde ce qu'elle est — ce
qu'elle est en avance déjà, elle est déjà comme cela
quelque part — et je me rends compte immédiatement que la meilleure chose à faire, c'est de ne pas
dire ce qu'elle sera. Et comme les gens s'attendent
à beaucoup de fanfares et de proclamations, je dis
ce que j'ai dit, c'est tout. Rien de plus. C'est tout ce
que je voulais dire : "N'en parlons pas, voulez-vous, cela vaut mieux, c'est préférable". Je n'ai
pas dit autre chose que cela : "Il vaut mieux ne pas en parler, ne faites
pas beaucoup de bruit à propos de cela, parce que cela n'aide pas.
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Laissez les choses
se passer selon une loi plus profonde, sans avoir l'ahurissement de celui qui ne sait pas et qui regarde faire."
Et surtout, surtout ne venez pas dire : "Vous savez,
ce sera comme ça". Parce que ça, c'est ce qui rend la
chose la plus difficile. Je ne dis pas que ce qui doit
être ne sera pas, mais ce sera peut-être avec beaucoup
plus de difficultés si l'on en parle. Alors il vaut mieux
laisser les choses se faire.
Et après tout, si l'on veut être très sobre — très sobre — il n'y a qu'à se demander : "Eh bien, dans dix
mille ans, cette réalisation que nous sommes en train
de faire, qu'est-ce que ce sera ? Un point imperceptible dans la marche du temps, une préparation, une
tentative pour les réalisations futures." Oh ! il vaut
mieux ne pas s'emballer. Faisons tout ce que nous
pouvons et tenons-nous tranquilles. C'est tout.
Maintenant, il y a des gens qui ont besoin qu'on
les fouette, comme on fouette la crème. Mais il faut
s'adresser aux poètes, pas à moi. Je ne suis pas un
poète, je me contente de faire. J'aime mieux faire
que parler.
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