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Le 12 mai 1954
Suite de la lecture de Les Éléments du Yoga,
chapitre VI, "La Soumission".
"Q : Si le Pourousha ne consent pas à l'action de la
Grâce de la Mère, empêche-t-il les autres êtres ——
mental, vital, physique et psychique — de recevoir ou
de sentir la Grâce de la Mère qui agit pour la transformation ?
R : Non, le Pourousha se tient souvent en arrière et
permet aux autres êtres de consentir ou de sentir à sa
place."
(Mère s'adresse à
Nolini) Qu'est-ce qu'il entend exactement par
Pourousha?... L'ego?
(Nolini) Non, c'est l'être conscient. Il y a l'être et le
devenir. L'être conscient, c'est le Pourousha; le devenir, c'est la Prakriti.
Mais alors chaque être intérieur a son pourousha ? Ou y a-t-il un
pourousha pour tous les êtres ?
(Nolini) Dans chaque partie de l'être : c'est-à-dire qu'il
y a un pourousha vital, il y a un pourousha mental, il
y a an pourousha physique...
C'est ce que nous appelons la conscience ?
Oui, l'être conscient.
L'être conscient dans sa continuité.
Oui.
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Mais comment peut-on faire la sâdhanâ si l'être conscient dans
l'être n'est pas d'accord ? Parce qu'il me semble que c'est lui qui
doit prendre la résolution pour commencer !
Oui.
(Aux enfants) C'est moi qui pose des questions !
(Un enfant) Douce Mère, ici la question suivante était
posée : "Quel est le signe qui indique que la détermination du sâdhak de se soumettre au Divin a des
résultats pratiques dans sa vie ?" Et Sri Aurobindo
avait répondu : "Le signe en est qu'il est plein d'une
obéissance qui ne questionne pas, une obéissance sans
révolte ni demande ni condition, et qu'il répond à
toutes les influences divines tout en rejetant celles qui
ne viennent pas du Divin. "
Est-ce que ce n'est pas une soumission résignée ?
Résignée ? Qu'est-ce que cela veut dire, résignée ?
Passive !
Je ne sais pas ce que tu veux dire. Il demande le signe qui
montre que sa soumission est parfaite. Il n'est pas question de
soumission active où passive, là. Il dit que la détermination
d'être soumis amène certains résultats. Le premier résultat, c'est
justement d'être obéissant sans questionner, et le second, c'est
d'avoir le pouvoir de rejeter toutes les influences, excepté celle
du Divin. Ce sont de grands résultats. Quand on est arrivé à
cela, on est déjà très avancé.
Est-ce que tu sais distinguer entre une influence qui vient du
Divin et une influence qui vient d'ailleurs ?...
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Quand tu sens une impulsion en toi, est-ce que tu peux dire si elle vient du Divin
ou si elle vient d'ailleurs ?
Un peu.
Un peu ! Ah ! c'est bien, et dis-nous pourquoi, et comment ?...
Ça, c'est intéressant !
Quelquefois, quand je me réveille le matin ou l'après- midi,
je sens quelqu'un qui dit : le temps passe, il faut faire vite...
Et alors?... Quelqu'un?... C'est-à-dire que tu as l'impression
qu'il y a une personne qui te dit : "Lève-toi et va vite faire ton travail" ?
Pas une personne.
Une influence ?
Oui.
Mais tu sais d'où elle vient ?... Est-ce que tu sais d'où elle
vient ?
Ce n'est pas mauvais. Je pense que ce n'est pas mauvais,
alors cela doit venir du Divin.
Ah! ça, c'est une appréciation! Si, par exemple, dans ton
mental, il y a une formation, une idée, que tu ne dois pas être paresseuse et
que tu dois travailler — que tu dois être à l'heure, qu'il ne faut pas que tu
perdes ton temps à dormir—, cela suffit pour que cette idée ou cette formation
se manifeste au moment de te réveiller comme une influence (parce que c'est une
partie de ton mental qui est restée éveillée),
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comme une influence pour te dire : "Dépêche-toi, alors va
travailler, ne sois pas paresseuse
! " Mais c'est peut-être simplement une partie de toi qui
essaye d'agir sur une autre. Ou bien, si tu dois aller en classe ou
que tu aies à faire un travail avec quelqu'un, ce peut être la
pensée active de cette personne qui se dit: "Est-ce que par
hasard elle ne va pas encore dormir et être en retard ?" — cela
suffit. Alors c'est peut-être quelque chose qui a son bon côté,
qui peut être utile pour toi comme un contrôle sur ton activité,
mais ce n'est pas du tout nécessairement du Divin. Juger qu'une
chose vient du Divin parce que tu la trouves bonne, cela peut te mener à des
erreurs terribles.
Ce n'est pas comme cela qu'on peut sentir. Ce n'est pas par
une perception de ce genre de conscience, ce n'est pas comme
cela. C'est quand on a une sensibilité assez délicate et raffinée
pour percevoir exactement la valeur d'une vibration ; toutes
les vibrations qui viennent des activités extérieures, qu'elles
soient mentales, vitales ou physiques, ou même psychiques, sont
des vibrations d'une certaine qualité, mais ce qui provient de
l'influence divine est d'une nature et d'une qualité absolument
différentes. Pour pouvoir distinguer, il faut d'abord avoir senti
les deux ; et même quand on a senti les deux, il faut être très
calme, très attentif, justement très immobile intérieurement,
pour pouvoir distinguer l'une de l'autre et ne pas se méprendre.
Si votre pensée active vient en travers, c'est fini, vous ne pouvez
plus distinguer ; vous commencez à questionner. Et alors vous
vous servez de vos notions de bien et de mal pour juger si cela
vient du Divin ou si cela ne vient pas du Divin. C'est absurde.
C'est impossible !
Même quand on a eu cette double expérience et que l'on peut
faire la distinction, il y a encore des précautions
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à prendre et un contrôle à faire pour être
sûr de ne pas se tromper. C'est seulement quand on a ouvert tout grand la porte
du psychique, qu'on est entré consciemment, qu'on a eu le contact absolu, total,
complet, avec le Divin, quand on a l'impression d'être né à une vie nouvelle,
qu'on est un autre être, qu'on ne voit plus rien de la même manière, on ne sent
plus rien de la même manière—alors on connaît intimement, profondément,
complètement ce qu'est la vie divine.
Et même après, si la porte se referme
comme ça, on peut garder le souvenir exact. Et c'est comme
cela que ça se manifeste. Il est impossible de se tromper. C'est
tout autre chose, il n'y a aucune comparaison, rien ; on ne peut
rien comparer à ça, c'est unique et c'est absolu. C'est pour cela
que je vous ai demandé : "Pouvez-vous distinguer ?" Parce que
certainement si l'un d'entre vous a eu cette expérience, il sait de
cette manière-là ce qui vient du Divin ; et nécessairement, s'il
sait d'une façon absolue ce qui vient du Divin, il sait forcément
tout ce qui n'en vient pas. Alors là, je t'ai posé la question. Parce
que j'aurais été très heureuse que l'un d'entre vous puisse me
dire avec sincérité : "J'ai eu l'expérience et je sais." Mais c'est
seulement après cette expérience-là qu'on sait, pas avant. C'est
pour cela que si l'on veut sincèrement progresser, il faut à
chaque pas demander, être sûr d'où vient cette influence : "Qui
m'a donné cette suggestion ? est-ce que c'est une partie de moi ?
est-ce que c'est quelque chose d'extérieur ? est-ce que cela vient
du Divin ?" .
Mais avant d'avoir eu cette expérience-là, on n'est pas
capable de juger par soi-même. Naturellement, si l'on a une
soumission vraiment sincère et que dans l'être il y ait cette
attitude constante, cet abandon au Divin, et "que Ta volonté
soit faite", comme ça, on peut, sans savoir, sans comprendre,
instinctivement, on peut choisir la chose qu'il faut faire et rejeter
celle qu'on ne doit pas faire,
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mais cela devient un instinct, une sorte
de chose automatique — si votre soumission est parfaite. Et c'est justement
l'avantage de la soumission, parce que vous pouvez faire la vraie chose de la
vraie manière automatiquement, avant d'avoir la connaissance.
Mais il faut que ce soit comme Sri Aurobindo le dit là, n'est-
ce pas, que l'on soit dans cet état d'obéissance parfaite qui ne
questionne pas, qui ne discute pas et qui spontanément obéit,
agit dans le sens où on est dirigé. Il faut que rien dans la pensée
ou dans le vital ne se révolte ou contredise ou questionne ou
essaye d'avoir raison, de se prouver à soi-même (et quelquefois
au Divin même) qu'on a raison, que ce que l'on a fait est la vraie
chose. Il faut que tout cela soit fini.
Au fond, quel que soit le chemin qu'on suive — que ce soit
le chemin de la soumission, de la consécration, de la connaissance —, si l'on veut qu'il soit parfait, c'est toujours aussi difficile ; et il n'y a qu'un moyen, un seul, je n'en connais qu'un
seul : c'est une sincérité parfaite, mais sincérité parfaite !
Savez-vous ce que c'est que la sincérité parfaite?...
Ne jamais essayer de se tromper soi-même, que jamais aucune
partie de l'être n'essaye de trouver un moyen de convaincre les
autres, ne jamais expliquer d'une façon favorable ce que l'on fait
pour avoir une excuse à ce qu'on veut faire, ne jamais fermer les
yeux quand quelque chose est désagréable, ne jamais laisser rien
passer en se disant : ça n'a pas d'importance, la prochaine fois
ce sera mieux.
Oh ! c'est très difficile. Essayez seulement pendant une heure
et vous verrez comme c'est difficile ! Seulement une heure à
être to-ta-le-ment, ab-so-lu-ment sincère. Ne rien laisser passer.
C'est-à-dire que tout ce que l'on fait, tout ce que l'on sent, tout
ce que l'on pense, tout ce que l'on veut, soit ex-clu-si-ve-ment le
Divin !
"Je ne veux rien que le Divin, je ne pense à rien qu'au Divin,
je ne fais rien que ce qui me mènera vers le Divin, je n'aime rien
que le Divin."
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Essayez —essayez pour voir, essayez pendant une demi-heure, vous verrez comme c'est difficile ! Et pendant ce temps-là, faites bien attention qu'il n'y ait pas une partie du vital ou
une partie du mental ou une partie du physique qui soit bien
cachée là, derrière, pour que vous ne la voyiez pas (Mère cache
ses mains derrière son dos) et que vous ne vous aperceviez pas
qu'elle ne collabore pas — qui se tient tranquille pour qu'on ne
la déniche pas. Elle ne dit rien, mais elle ne change pas, elle se
cache. Combien de parties ! combien de parties se cachent ! On
les met dans sa poche, parce qu'on ne veut pas les voir, ou bien elles se mettent dans votre dos, bien cachées, là-dedans, au
milieu du dos, pour qu'on ne les voie pas. Quand vous êtes là
avec votre torche — torche de sincérité, là — pour dénicher
touts les petits coins partout, les petits coins qui ne consentent
pas, les choses qui disent non, ou celles qui ne bougent pas : "Je
ne bougerai pas ! Je suis collée à ma place, là, et rien ne me fera
bouger !..." Vous avez une torche, là, et vous la passez là-dessus,
sur tout. Vous verrez qu'il y en a qui sont là, derrière le dos, et
qui sont collées.
Essayez, seulement pendant une heure, essayez !
Plus de questions ?...
Personne n'a rien à dire ?
Alors, au revoir, mes enfants !
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