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Le 7 octobre 1953
"La méthode par laquelle vous aurez le plus de succès
(pour obtenir une guérison) dépend de la conscience que
vous avez développée en vous et du caractère des forces
que vous êtes capables de faire entrer en jeu.
Vous pouvez vivre dans. la conscience de la guérison
radicale et, par la force de votre formation intérieure,
amener lentement le changement extérieur. Ou bien si
vous connaisse et voyez la force qui est capable d'effectuer les choses requises et que vous sachiez la manier,
vous pouvez l'appeler et la concentrer aux endroits où son
action est nécessaire, et elle-même amènera le changement. Ou encore, vous pouvez présenter votre difficulté
au Divin et lui demander de vous guérir, en plaçant
toute votre confiance dans le pouvoir divin."
(Entretiens 1929, p. 129)
Quelle est cette "conscience de la guérison radicale" ?
Cela ne veut pas dire qu'il existe une conscience
spécifique de la guérison radicale. Cela veut dire ; "Vivre dans un état de conscience qui est conforme
à la guérison radicale." Comment expliquer?,,,
Vous avez en vous un tableau, ou une image ou une
formation qui réalise en elle-même tous les rapports
et tous les éléments nécessaires pour que la guérison
puisse exister et qu'elle soit totale. Cela s'appelle
"avoir la conscience de la guérison radicale". Cela ne
veut pas dire qu'il y ait un état de conscience qui
soit en lui-même une guérison radicale, et que si vous
obtenez cette conscience, eh bien, vous obtenez la guérison. Ce n'est pas comme cela. Tu as compris la
différence?
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"En certains, l'aspiration se meut dans le plan mental
ou dans le plan vital ; d'autres ont une aspiration spirituelle. De la qualité de l'aspiration dépend la force qui
répond et le travail quelle vient faire. Faire le vide en
soi dans la méditation crée un silence intérieur ; cela ne
veut pas dire que l'on ne soit plus rien ou que Von soit
devenu une masse inerte et morte. À faire le vide, on
invite ce qui va le remplir. C'est-à-dire que l'on permet
une détente dans l'insistance de la conscience sur la réalisation. Cependant, la nature de la conscience et le degré
habituel de l'insistance déterminent non seulement les
forces que l'on met en jeu, mais également la manière
dont elles agiront : si elles aideront et accompliront, ou
bien échoueront, ou même si elles entraveront et seront
nuisibles."
(Ibid., p. 131)
Quelle est la différence entre !.''aspiration' dans le
mental, l'aspiration dans le vital et l'aspiration spirituelle ?
De quelle manière aspirez-vous dans le mental,
aspirez-vous dans le vital, ou aspirez-vous spirituellement?
Une aspiration mentale, c'est le pouvoir de penser
qui aspire à avoir la connaissance, par exemple, ou
bien à avoir le pouvoir de s'exprimer bien, ou bien à
avoir les idées claires, un raisonnement logique. On
peut aspirer à beaucoup de choses : que toutes les
facultés, toutes les capacités mentales, soient augmentées et mises au service du Divin. C'est une; aspiration mentale.
Ou bien tu peux avoir une aspiration dans le vital;
si tu as des désirs ou des tourments, des orages,
des difficultés intérieures, tu peux aspirer à avoir la
paix, à être tout à fait impartial, sans désir et sans
préférence, à être un bon instrument docile qui
n'ait pas de caprices personnels, qui soit toujours
à la disposition du Divin. Ça, c'est une aspiration
vitale.
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Tu peux avoir une aspiration physique aussi, que
le corps sente qu'il faut qu'il obtienne une sorte
d'équilibre où toutes les parties de l'être seront bien
balancées, et que l'on ait le pouvoir de tenir la maladie
à distance ou de la vaincre rapidement si elle entre par malice, et que le corps
fonctionne toujours normalement, harmonieusement, dans une parfaite santé. Ça,
c'est une aspiration physique.
Une aspiration spirituelle, c'est d'avoir un intense
besoin de s'unir au Divin, de se donner totalement
au Divin, de ne pas exister en dehors de la Conscience
divine, que ce soit le Divin qui soit tout pour vous
dans votre être intégral, et que vous ayez le besoin d'une communion constante avec Lui, du sens
de sa présence, de sa direction dans tout ce que
vous faites, et de son harmonisation de tous les
mouvements de l'être. Ça, c'est une aspiration spirituelle.
Mère, l'aspiration vient-elle, du psychique?
Pas nécessairement. Chaque partie de l'être peut
avoir son aspiration propre.
Comment le physique peut-il parvenir à l'aspiration,
puisque c'est le mental qui pense?
Tant que c'est le mental qui pense,
ton physique est quelque chose aux trois quarts inerte et qui n'a pas de
conscience propre. Il y a une conscience physique propre, une conscience du
corps; le corps est conscient de lui-même, et il a sa propre aspiration. Tant
que l'on pense à son corps, on n'est pas dans sa conscience physique. Le corps a
une conscience qui lui est tout à fait personnelle et très indépendante du
mental. Le corps a complètement conscience de son fonctionnement propre, ou de
son équilibre propre, ou déséquilibre,
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et il devient absolument conscient
d'une façon tout à fait précise s'il y a un désordre à
un endroit ou à un autre, et (comment dirai-je?)
il est en relation avec cela et il le sent très exactement,
même s'il n'y a pas de manifestations extérieures. Le
corps a conscience si tout le fonctionnement est harmonieux, bien balancé, bien régulier, se produisant
comme il faut; il a cette espèce de plénitude, de sens
de plénitude, de joie et de force — quelque chose
comme une joie de vivre, d'agir, de se mouvoir dans
un équilibre plein de vie et d'énergie. Ou alors, le
corps peut être conscient qu'il est maltraité par le
vital et par le mental et que cela nuit à son équilibre
propre, et il en souffre. Cela peut produire un complet déséquilibre en lui. Et ainsi de suite.
On peut développer sa conscience physique au
point que, même si l'on est totalement extériorisé,
si le vital sort complètement du corps, le corps a une
conscience personnelle, indépendante, qui fait qu'il
peut se mouvoir, il peut faire toutes sortes de choses très simples sans que le vital soit là, tout à fait indépendamment. Le corps peut apprendre à parler : le mental et le vital peuvent être en dehors de lui,
très loin, occupés ailleurs, mais par le lien qui les
réunit à la matière, ils peuvent encore s'exprimer par
un corps où il n'y a plus ni mental ni vital, et qui cependant peut apprendre
à parler et à répéter ce que
les autres disent. Le corps peut bouger—je ne veux
pas dire qu'il puisse faire des efforts considérables,
mais il peut se mouvoir. Il peut faire des petites
choses très simples. Il peut, par exemple, écrire,
apprendre à écrire, comme il peut apprendre à parler.
Il parle. C'est une façon un peu (comment dire?) lente, un peu difficile, mais
enfin il peut parler clairement (suffisamment clairement) pour que l'on puisse
comprendre. Et pourtant, le mental et le vital
peuvent être tout à fait sortis, complètement à l'extérieur. Il y a une conscience du corps.
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Et alors, quand on a développé cette conscience
du corps, on peut avoir la perception très claire de la
contradiction entre les différentes consciences. Quand
le corps a besoin d'une chose et qu'il est conscient
que c'est cela qu'il lui faut, et que le vital en veut une
autre, et que le mental en veut une autre, eh bien, il
peut y avoir très bien une discussion entre eux, des
contradictions et des conflits. Et on peut très bien
discerner quel est l'équilibre du corps, le besoin du
corps tout seul, et de quelle manière le vital intervient,
et détruit cet équilibre le plus souvent et nuit beaucoup au développement, parce qu'il est ignorant. Et
quand le mental arrive, il fait encore un autre désordre qui vient s'ajouter à celui entre le vital et le
physique, introduisant ses idées, ses normes, ses principes, ses règles, ses lois et le reste, et comme il ne se
rend pas compte exactement des besoins de l'autre
(du corps), il veut faire ce que tout le monde fait. Les
êtres humains sont d'une santé beaucoup plus fragile
et incertaine que les animaux, parce que leur mental
intervient et dérange l'équilibre. Le corps, livré à lui-
même, a un instinct très sûr. Par exemple, jamais le
corps livré à lui-même ne mangera quand il n'a pas
besoin de manger, ou ne prendra quelque chose qui
lui fera du mal. Ou bien, il dormira quand il a besoin
de dormir, il agira quand il a besoin d'agir. L'instinct
du corps est un instinct très sûr. C'est le vital et le
mental qui le dérangent : l'un par ses désirs, ses
volontés capricieuses; l'autre par ses principes, ses
dogmes, ses idées, ses lois. Et malheureusement, dans
la civilisation telle qu'elle est comprise, avec l'éducation qui est donnée aux enfants, cet instinct si sûr
du corps est complètement annulé : c'est le reste qui
domine. Et il arrive ce qui arrive : on mange des
choses qui font du mal, on ne se repose pas quand on
en a besoin, ou l'on se repose trop quand on n'en a
pas besoin, ou l'on fait des choses que l'on ne doit
pas faire, et on abîme sa santé complètement.
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Quelquefois, Douce Mère, quand les enfants sont
intéressés par quelque chose, ils ne veulent pas aller dormir, alors qu'est-ce que l'on doit faire? Juste quelques
minutes avant ils disaient avoir sommeil, et puis, quand
ils commencent à jouer, ils disent qu'ils ne veulent pas
aller dormir.
Il ne faudrait pas les laisser jouer au moment où
ils ont sommeil. Justement, c'est l'intrusion des mouvements du vital.
Un enfant qui ne vit pas trop
avec les grandes personnes (il est mauvais pour les
enfants de vivre beaucoup avec les grandes personnes),
un enfant qui est laissé à lui-même, spontanément il
dormira, quoi que ce soit qu'il fasse, au moment où
il est nécessaire qu'il dorme. Seulement, quand les
enfants sont habitués à vivre avec les grandes personnes, eh bien, ils prennent toutes les habitudes des
grandes personnes. Surtout quand on leur dit : "Oh!
tu ne peux pas faire ceci parce que tu es petit! Quand
tu seras grand, tu le feras. Tu ne peux pas manger ça parce que tu es petit,
quand tu seras grand tu pourras le manger. À cette heure-ci il faut que tu ailles
dormir parce que tu es petit ..." Alors, naturellement, il y a en eux cette conscience qu'il faut devenir
grand à tout prix, ou avoir l'air d'être grand!
"L'intensité même de votre fol peut vouloir dire que le
Divin a déjà décidé que la chose en question sera faîte.
Une foi inébranlable est le signe de la présence de la
volonté divine, une preuve de ce qui sera.'"
(Ibid., p. 130)
Une foi dynamique et une grande confiance ne sont-elles
pas la même chose?
Pas nécessairement. Il faudrait savoir quelle est
l'étoffé de la foi et l'étoffé de la confiance.
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Parce que, par exemple, si vous
vivez normalement, dans des conditions tout à fait normales — pas avec des idées
extravagantes et une éducation déprimante—, eh bien, pendant toute la jeunesse
et généralement jusqu'à une trentaine d'années, on a une confiance absolue dans
sa vie. Si, par exemple, vous n'êtes pas
entourés de gens qui, dès que vous avez un rhume de
cerveau, se mettent à l'envers et se précipitent chez
le docteur et vous donnent des médicaments, si vous
êtes dans un milieu normal et si vous attrapez quelque
chose — un accident ou une petite maladie —, il y a
dans le corps cette certitude, cette confiance absolue
que ça ira bien : "Ce n'est rien, ça va passer. C'est
sûr de passer. Je serai tout à fait bien demain, ou dans
quelques jours. C'est sûr de guérir", quoi que ce soit
que l'on attrape. Ça, c'est la condition normale du
corps. Une confiance absolue qu'il a toute la vie
devant lui et que tout ira bien. Et cela aide énormément. On guérit neuf fois sur dix, on guérit extrêmement rapidement avec cette confiance : "Ce n'est
rien, qu'est-ce que c'est que ça? C'est un accident,
ça va passer, ce n'est rien." Et il y a des gens qui
gardent cela pendant très longtemps, très longtemps,
une sorte de confiance — rien ne peut leur arriver.
Leur vie est là, devant eux, totale, et rien ne peut
leur arriver. Et ce qui leur arrivera n'a aucune
espèce d'importance : tout ira bien forcément, ils
ont toute la vie devant eux. Naturellement, si vous
vivez dans un milieu où il y a des idées morbides
et que l'on passe son temps à vous raconter des choses
désastreuses et catastrophiques, alors vous pouvez
penser mal. Et si vous pensez mal, cela réagit sur
votre corps. Autrement, le corps tel qu'il est peut
garder cela jusqu'à quarante ans, cinquante ans
(cela dépend des gens : ceux qui savent vivre d'une
vie équilibrée et normale). Mais le corps est tout à
fait confiant dans sa vie. C'est seulement si la pensée
vient et qu'elle arrive avec toutes sortes d'imaginations, comme j'ai dit,
morbides et malsaines, alors cela change tout.
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J'ai vu des cas comme cela, d'enfants
qui avaient de ces petits accidents que l'on a quand on
court, quand on s'amuse : ils n'y pensaient même pas,
ça s'en allait tout de suite. J'en ai vu d'autres auxquels la famille avait seriné dès qu'ils pouvaient comprendre, que tout est dangereux, qu'il y a des microbes
partout, qu'il faut faire très attention, que la moindre blessure peut devenir
désastreuse, qu'il faut absolument veiller soigneusement à ce que rien de grave ne
se produise ... Alors il faut qu'on les panse, il faut
qu'on les lave avec du désinfectant, et ils sont là à
se demander : "Qu'est-ce qui va m'arriver? Oh!
je vais peut-être avoir le tétanos, une fièvre septique ..." Naturellement dans des cas comme ceux-là, on perd confiance en la vie et le corps s'en ressent,
beaucoup. Les trois quarts de sa résistance s'en vont,
Mais normalement, naturellement, c'est le corps qui
sait qu'il doit être en bonne santé, et il sait qu'il a le
pouvoir de réagir. Et si quelque chose arrive, il dit
à ce quelque chose : "Ce n'est rien, ça va s'en aller,
ne t'en occupe pas, c'est fini." Et ça s'en va.
Ça, c'est la confiance absolue.
Maintenant, tu dis une "foi dynamique". Une
foi dynamique, c'est autre chose. Si l'on a au-dedans
de soi la foi en la grâce divine, que la grâce divine
veille sur vous et que, quoi que ce soit qui arrive, la
grâce divine est là, veillant sur vous, ça, on peut le
garder toute sa vie et toujours; et avec ça, on peut
traverser tous les dangers, faire face à toutes les difficultés, et rien ne bouge, parce que vous avez la foi
et la grâce divine qui est avec vous. C'est une force
infiniment plus forte, plus consciente, plus durable, qui ne dépend pas des
conditions de votre construction physique, qui ne dépend de rien que de la grâce
divine elle-même, par conséquent qui s'appuie sur
la Vérité et que rien ne peut ébranler. C'est très, très
différent.
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Quelquefois, les gens demandent pourquoi nous sommes
ici? Qu'est-ce qu'on doit leur répondre?
Cela dépend de leur âge, mon enfant, et cela
dépend de ce qu'ils sont. Ça dépend de leur sincérité.
Tu ne peux pas donner la même réponse à tous.
Mais est-ce que les tout petits demandent quelquefois? ... Les tout petits demandent pourquoi on est
ici?
Pas les tout petits : Pournima,
Taroulata.
À cet. âge-là, c'est déjà l'âge où l'on questionne et où
l'on doute.
Les tout petits, s'ils demandent cela, c'est admirable.
Il n'y a qu'à leur répondre une chose très simple : "Mes enfants, c'est parce que c'est la volonté divine.
C'est la grâce divine qui fait que vous êtes ici. Soyez
heureux, soyez tranquilles, soyez paisibles, ne questionnez pas, tout ira bien." Et quand ils sont plus
grands, ils commencent déjà à raisonner, alors ce n'est
plus si bien, ce n'est plus si facile. Mais cela dépend,
comme j'ai dit, cela dépend du degré de leur intelligence, du degré de leur ouverture. Il y a ceux qui sont
prédestinés, qui sont ici parce qu ils doivent y être.
Ceux-là, c'est facile. Il n'y a qu'à. leur dire : "Mes
enfants, c'est parce que vous appartenez à un avenir qui est en train de se
construire, et c'est ici qu'il se construit." C'est très simple pour eux, c'est vrai. Il y
en a qui sont ici parce que leurs parents y sont, pour
aucune autre raison. Alors il est difficile de leur dire
cela; à moins de leur dire tout simplement : "Parce
que ton papa et ta maman sont ici."
Maïs comment comprendre?
Ah! ça, cela dépend de toi.
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La première chose, c'est d'apprendre à connaître'
par identité. Ça, c'est indispensable quand on a la
responsabilité d'autrui. Pour apprendre à conduire
d'autres gens, le premier pas indispensable est de
savoir entrer en eux de façon à les connaître—pas
projeter sa pensée, s'imaginer ce qu'ils sont : sortir de
soi et entrer en eux, savoir ce qui s'y passe. Alors,
comme cela, on les connaît parce qu'on est eux,
Quand on ne connaît que soi dans les autres, cela veut
dire que l'on ne sait rien. On peut se tromper du tout
au tout. On s'imagine que c'est ceci ou cela — on juge
sur des apparences ; ou bien sur des préférences mentales, sur des idées préconçues, c'est-à-dire que l'on ne
sait rien. Mais il y a une condition dans laquelle on
n'a même pas besoin de savoir, de chercher à savoir
comment est quelqu'un : on ne peut pas faire autrement que de sentir comment il est, parce que c'est une
projection de soi. Et à moins que l'on ne sache faire
cela, on ne peut jamais faire ce qu'il faut pour les gens
— à moins qu'on ne sente comme ils sentent, qu'on ne pense comme ils pensent,
qu'on ne soit capable d'entrer en eux comme si l'on était eux-mêmes. C'est la
seule manière. Si vous essayez de savoir avec une petite tête qui marche, vous
ne saurez jamais rien. Ou
bien en regardant les gens et en vous disant : "Tiens, il
fait ça comme cela et comme cela, par conséquent il
doit être de telle manière." C'est impossible.
Par conséquent, le premier devoir
de ceux qui ont une responsabilité — par exemple, ceux qui ont la charge
d'éduquer d'autres enfants, de s'occuper d'autres êtres, depuis les gouvernants
jusqu'aux professeurs et aux moniteurs —, leur premier devoir est d'apprendre à
s'identifier, à sentir comme les autres. Alors on sait ce que l'on doit faire.
On garde sa lumière intérieure, on garde sa conscience à la place où elle doit
être—très au-dessus, dans la lumière — et en même temps on s'identifie, et alors
on sent comment ils sont, quelles sont leurs réactions, quelles sont leurs
pensées,
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et on garde cela devant la lumière que l'on a : on
arrive à penser parfaitement bien ce qu'il faut faire
pour eux. On dira à chacun ce qu'il a besoin d'entendre, on agira avec chacun comme il est nécessaire
pour lui faire comprendre. Et c'est pour cela que c'est
une grâce merveilleuse d'avoir la responsabilité d'un
certain nombre de personnes, parce que cela vous met
dans l'obligation de faire le progrès le plus essentiel. Et
je me hâte de vous dire que, quatre-vingt-dix-neuf fois sur cent, les gens ne le
font pas. Mais c'est justement pour cela que les choses vont si mal. Surtout
ceux qui ont la responsabilité de gouverner un pays,
c'est la dernière chose à laquelle ils pensent! Ils sont
très anxieux, au contraire, de garder leur manière de
voir et leur manière de sentir, et ils s'abstiennent
férocement de se rendre compte des besoins de ceux
qu'ils gouvernent. Mais enfin, on peut voir que le
résultat n'est pas fameux; jusqu'à présent il est évident
que l'on ne peut pas dire que les
gouvernements aient été des institutions remarquables. C'est la même
chose à tous les niveaux : il y a des petits gouvernements, il y a des grands gouvernements. Mais les lois
sont les mêmes, pour tous. Et à moins que, quand vous
donnez une leçon, vous ne soyez capables, là, comme
ça, de prendre l'atmosphère générale, de ramasser les
vibrations qui sont autour des gens, de rassembler ça,
de le garder devant vous, et de vous rendre compte de
ce que vous pouvez faire de cette matière (des vibrations que vous pouvez répandre, des forces que vous
pouvez donner, celles qui seront reçues, celles qui
seront assimilées), à moins que vous ne fassiez cela, la
plupart du temps vous perdez votre temps, vous aussi.
Pour pouvoir faire le moindre travail, il faut faire
beaucoup de progrès.
"Le supramental ne s'intéresse pas aux choses
mentales
de la même manière que le fait l'esprit humain. Il a sa
manière de s'intéresser à tous les mouvements de l'univers,
mais c'est d'un autre point de vue et avec une autre
vision.
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Le monde revêt pour lui
une apparence très différente de son apparence ordinaire. Il y a un renversement dans le point de vue. Tout ce qui est perçu de là,
apparaît différent de ce que cela apparaît au mental, et
même souvent opposé. Les choses ont un autre sens; leur aspect, leur mouvement, leur procédé,
tout ce qui les
concerne, est observé avec d'autres yeux. Tout ce qui se
passe ici est suivi par le supramental ; les mouvements
du mental, et aussi ceux du vital et du matériel, tout le
. jeu de l'univers, sont pour lui du plus grand intérêt, mais
d'une autre manière."
(Ibid., p. 127)
À quoi le supramental
s'intéresse-t-il?
Il s'intéresse à la transformation du
monde — à la
descente des forces dans le monde matériel et à sa
transformation, à sa préparation pour qu'il puisse recevoir les forces supramentales. Et il est conscient
de la différence entre le monde tel qu'il existe et
le monde tel qu'il doit être. À chaque minute, il
voit l'écart entre ce qui est et ce qui devrait être,
entre la vérité et le mensonge qui s'exprime. Et
constamment, il garde cette vision de la Vérité qui
plane au-dessus du monde, de façon que, dès qu'il
y a une petite ouverture, ça descende et ça se manifeste. Et ce qui paraît, aux consciences ordinaires,
tout à fait naturel, est généralement pour lui un
jeu de forces obscures, ignorantes, tout à fait inconscientes. Et il ne trouve pas cela naturel du tout. Il
trouve cela un accident détestable, et de toute sa force
il essaie d'y porter remède. Il cherche, il voit, et s'il y
a une réceptivité quelque part, il intensifie son action.
Les gens, il ne les voit pas avec une apparence extérieure, mais comme des vibrations plus ou moins
réceptives et plus ou moins obscures ou lumineuses,
et partout où il voit une lumière,
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il projette sa force pour que cela
ait son plein effet. Et au lieu que chacun soit comme un pion sur un échiquier,
une petite personne bien définie, il voit comment les forces entrent, sortent,
bougent, se meuvent et font mouvoir tous les êtres, comment les vibrations
agissent. Et il voit celles qui sont des vibrations ascendantes, qui mènent vers
le progrès, et il voit celles qui sont des vibrations qui vous projettent dans
l'obscurité de plus en plus, qui vous font descendre. Et quelquefois, quelqu'un vient vous trouver avec des
mots tout faits,
qu'il a appris dans les livres généralement, mais enfin
des mots d'aspiration et de bonne volonté, et on lui
répond par une bonne rebuffade en lui disant qu'il
faut qu'il essaye d'être sincère — il ne comprend pas,
C'est parce que la Force voit que ce n'est pas sincère
—la Force ne voit pas les mots, n'entend pas les mots,
ne voit même pas les idées dans la tête, mais voit l'état
de conscience, si l'état de conscience est sincère ou
non. Il y a d'autres cas où les gens ont l'air tout à fait
frivoles et stupides et s'occupent de choses sans intérêt, et, tout d'un coup, on les aide, on les encourage,
on les traite comme des camarades ou comme des
amis, parce qu'on voit briller au fond de tout cela une
sincérité, une aspiration, qui peut avoir une forme
enfantine extérieurement mais qui est là, très pure
parfois. Et alors, on fait beaucoup de choses que les
gens ne comprennent pas, parce qu'ils ne peuvent
pas voir la réalité derrière l'apparence. C'est pour
cela que je dis que c'est d'une tout autre manière que le supramental
s'intéresse, d'une tout autre manière qu'il voit, d'une tout autre manière qu'il sait.
Est-ce qu'il n'est pas important de se
connaître soi-
même au lieu d'essayer de connaître les autres?
Très important, d'une importance
capitale!
D'ailleurs, c'est le champ de travail qui est donné à
chacun.
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C'est cela qu'il faut comprendre,
que chacun — cet ensemble de substance qui constitue votre corps extérieur et
intérieur, l'ensemble de la substance avec laquelle est bâti votre être depuis
le dehors jusqu'au dedans — est un champ de travail; c'est comme si l'on avait soigneusement
rassemblé, accumulé un certain nombre de vibrations et qu'on les
avait mises à votre disposition pour que vous puissiez travailler totalement là-dessus. C'est comme un
champ d'action qui est à votre disposition constamment : nuit et jour, au réveil, dans le sommeil, tout
le temps — personne ne peut vous en priver, c'est
merveilleux! Vous pouvez refuser de vous en servir
(comme la majorité des gens), mais c'est une masse
à transformer qui est là entre vos mains, à votre pleine
disposition, et qui vous a été donnée pour que vous
appreniez à faire le travail là-dessus. Par conséquent,
la chose la plus importante est de commencer par
faire cela. Vous ne pouvez rien faire sur les autres à
moins que vous ne soyez capables de le faire sur vous-
mêmes. Vous ne pouvez jamais donner un bon conseil
à quelqu'un à moins que vous ne soyez capables de
vous donner le bon conseil à vous-mêmes, d'abord,
et de le suivre. Et si vous voyez une difficulté quelque
part, la meilleure façon de changer cette difficulté
est de la changer en vous-mêmes, d'abord. Si vous
voyez un défaut en quelqu'un, vous pouvez être sûrs
qu'il est en vous, et vous commencez à le changer en
vous. Et quand vous l'aurez changé en vous, vous
serez très forts pour le changer dans les autres. Et
c'est une chose admirable, les gens ne se rendent pas
compte que c'est une grâce infinie, que cet univers
est arrangé de telle façon qu'il y a une collection de
substance, depuis la substance la plus matérielle jusqu'à la spiritualité la
plus haute, tout cela rassemblé dans ce qu'on appelle une petite individualité, mais à la disposition d'une Volonté centrale.
Ça, c'est à vous, votre champ de travail, personne ne peut vous l'enlever, c'est
votre bien propre.
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Et
dans la mesure où vous pourrez travailler là-dessus,
vous pourrez avoir une action dans le monde. Mais
seulement dans cette mesure-là. Il faut faire plus
pour soi-même, d'ailleurs, que l'on ne fait pour les
autres.
Est-il possible de connaître les autres
avant de se
connaître soi-même?
Rien n'est impossible. On ne peut pas
dire que ce
ne soit pas possible. Mais si l'on est inconscient des
mouvements en soi, c'est certainement une anomalie
d'être conscient d'abord chez les autres. C'est une
anomalie. Cela peut exister. Il peut y avoir des gens
tellement décentralisés qu'ils sont plus sensibles dans les autres qu'en
eux-mêmes. Mais enfin, généralement, ils passent pour des êtres un peu maladifs.
Cela ne leur donne pas un très grand équilibre intérieur,
ils n'ont pas de boussole. Il v a. des gens qui n'ont pas
de boussole, ils sont comme un bouchon sur les I
vagues : ça va ici, ça va là, ça saute là. Ils n'ont '
pas de ligne de conscience ... Ce n'est pas un état
enviable. Je ne crois pas, vraiment, sincèrement, je
ne crois pas qu'il soit possible d'aider quelqu'un à
moins que l'on ne se soit déjà aidé soi-même, d'abord,
Si vous êtes inconscient, comment voulez-vous amener
la conscience chez les autres! Cela me paraît un
problème assez insoluble. C'est ce que les gens font
généralement, mais ce n'est pas une raison pour
l'approuver. C'est justement pour cela, je crois, que
les choses vont si mal. C'est comme ceux qui en voient
d'autres se quereller et qui se précipitent—et ils se mettent à crier encore plus fort qu'eux
pour leur dire
"taisez-vous" !
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Tu as dit qu'à chaque individu, il
était donné un problème
à résoudre. Alors, chaque homme sur la terre doit vivre individuellement, parce
que, en vivant collectivement, on a la difficulté de la collectivité aussi : ce n'est
pas seulement sa difficulté propre.
Oui. Mais il se trouve que l'homme est
un animal
sociable, et qu'alors, instinctivement, il se met en
groupe. Mais c'est pour cela aussi que ceux qui voulaient aller vite et qui ne se sentaient pas suffisamment forts, se sont retirés dans la solitude. C'est cela,
la raison, la légitimation de l'ascète qui s'en va dans
la solitude, parce qu'il essaie de se couper du monde.
Seulement ... il y a un "seulement". Physiquement
on peut faire cela, dans une certaine mesure, jusqu'à
un certain point, se couper de la nature physique —
pas totalement. On a remarqué, par exemple, que
les ascètes qui s'en allaient s'asseoir sous un arbre
dans la forêt, au bout de très peu de temps étaient
extraordinairement intéressés par tous les animaux
qui vivent dans la forêt : c'est le besoin de relations
physiques avec d'autres êtres vivants. Il se peut que
certains n'aient pas ce besoin, mais c'est une règle
assez générale.
Mais la solidarité ne s'arrête pas là.
Il y a une solidarité vitale et il v a une solidarité mentale que vous ne pouvez
pas empêcher. Il y a, malgré tout (quoique les hommes soient beaucoup plus individualisés
que les animaux), il y a un esprit de l'espèce. Il y a
des suggestions collectives qui n'ont pas besoin de s'exprimer par des mots. Il
y a des atmosphères auxquelles on ne peut pas échapper. Il est certain (parce
que cela, je le sais par expérience), il est certain qu'il y a un degré de
perfection et de transformation individuelles qui ne peut pas se réaliser sans
que l'ensemble de l'humanité ait fait un certain progrès. Et cela va par degrés
successifs. Il y a des choses qui ne peuvent pas être transformées dans la
matière à moins que l'ensemble de la matière. n'ait subi un certain degré de
transformation. On ne peut pas se désolidariser complètement. Ce n'est
pas possible.
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On peut faire le travail, on peut choisir ; il y a des gens qui ont choisi de s'en
aller dans la
solitude et d'essayer de réaliser en eux-mêmes l'idéal
qu'ils voyaient — généralement ils sont arrivés jus-qu'à un certain point, puis ils ont été arrêtés là, ils
n'ont pas pu aller plus loin. Historiquement c'est
comme cela. Je disais l'autre jour : "Il y a peut-être
des êtres sur la terre que je ne connais pas, qui ont
réalisé des choses extraordinaires", mais justement,
comme ils se sont isolés de la terre, la terre ne les
connaît pas. C'est simplement pour ne pas dire qu'il
y a des choses impossibles. Cela paraît douteux, c'est
tout ce que je puis dire. Mais il est impossible, même
si l'on se désolidarise physiquement, de le faire vitalement et mentalement. Il y a la grande atmosphère
terrestre dans laquelle on naît, et il y a comme l'esprit,
le génie de l'espèce humaine; eh bien, il faut que ce
génie soit arrivé à un certain degré de perfection
pour que l'on puisse aller plus loin. Ce n'est pas que
l'on doive attendre que le tout le fasse, non; mais
c'est comme s'il fallait que le tout atteigne un certain
niveau pour que l'on puisse prendre son élan et s'en aller plus loin ... Certainement,
l'individu sera toujours en avance sur la masse, cela ne fait pas de doute,
mais il y aura toujours une proportion et une relation.
Sur quel plan les hommes sont-ils le
plus unis?
Tu veux dire "le plus interdépendants"?
Non, je veux dire une volonté générale.
Une volonté générale? Il ne faut pas
confondre les
choses. Si tu me parles de la bonne volonté entre les
êtres humains, c'est dans le psychique, cela ne fait
pas l'ombre d'un doute. Mais il y a une sorte d'interdépendance vitale qui est
assez considérable, plus que physique, j'e crois.
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Par exemple, la première grande
guerre mondiale a été le résultat d'une descente formidable des forces du monde vital (des forces hostiles
du monde vital) dans le monde matériel. Même
ceux qui ont été conscients de cette descente et qui
étaient armés, par conséquent, pour se défendre contre
elle, en ont subi les conséquences. Le monde, la terre
entière en a subi les conséquences. Il y a eu une détérioration générale au point de vue vital, je dis, qui a
été inévitable même pour ceux qui étaient conscients
d'où venait la force, d'où venait la détérioration, et
qui par conséquent pouvaient lutter consciemment
contre elle — ils n'ont pas pu empêcher certains effets de se produire dans
l'atmosphère terrestre. Naturellement, les hommes ne savent pas ce qui leur est arrivé; tout ce qu'ils ont dit c'est que tout
était devenu bien
pire depuis cette guerre. C'est tout ce qu'ils ont pu
constater. Par exemple, l'état moral est beaucoup descendu.
C'est simplement le résultat
d'une descente
formidable des forces du monde vital : forces de désordre, forces de corruption, forces de détérioration,
forces de destruction, forces de violence, forces de
cruauté.
Pourquoi cette descente ?
Peut-être était-ce une réaction, parce
qu'il y avait
une autre Force qui descendait et qui voulait faire
son œuvre, et que ces forces-là ne le désiraient pas —
ça dérangeait leurs habitudes. C'est comme un gouvernement qui craint qu'on le jette par terre, et alors
il intervient avec violence pour garder son pouvoir.
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