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Le 5 février 1951
Mère lit l'Entretien du 14 avril 1929. Après avoir parlé des" dangers
du yoga [Si vous ne pouvez pas ni rejeter toute ambition, ne touches, pas à la chose : c'est du, feu qui brûle]. Mère parle des deux méthodes de yoga :
"Deux chemins mènent au yoga : la discipline (tapasyâ) et la soumission."
Qu'est-ce que la soumission?
Cela veut dire que Von se donne complètement au Divin.
Oui, et alors qu'est-ce qui arrive? Si vous vous donnez
complètement au Divin, c'est Lui qui fait le yoga, ce n'est
plus vous; donc, ce n'est pas très difficile; tandis que si
vous faites la "tapasyâ", c'est vous-même qui faites le yoga,
et vous en avez toute la responsabilité — c'est là qu'est
le "danger". Mais il y a des gens qui préfèrent avoir toute
la responsabilité, avec les dangers, parce qu'ils sont d'une
nature très indépendante. Ils ne sont peut-être pas très
pressés — s'il leur faut plusieurs vies pour arriver, cela ne
leur fait rien. Mais il y en a d'autres qui veulent aller plus
vite et être plus sûrs d'arriver, eh bien, ceux-là donnent
toute la responsabilité au Divin.
(Mère poursuit sa lecture) "... le premier effet du yoga est
la suppression du contrôle mental ; et les appétits qui étaient assoupis,
soudainement libérés, se précipitent pour envahir tout l'être. [...] Ce que vous
devez faire, c'est de garder ces choses éloignées de vous [les impulsions,
et surtout les impulsions sexuelles], de vous en dissocier, d'y attacher
aussi peu d'importance
que possible,
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et même s'il vous arrive d'y penser, de
rester indifférent et détaché."
C'est beaucoup plus difficile que de s'asseoir sur une difficulté! Il est beaucoup plus difficile de .vous éloigner;
de cette difficulté, de la regarder comme quelque chose
qui ne vous concerne pas, qui ne vous intéresse pas, qui ne J
vous appartient pas, qui appartient au monde et pas à
vous — mais c'est seulement en faisant cela que l'on peut
réussir. Cela demande une sorte de libération d'esprit et
une confiance en votre être intérieur : vous devez croire
que si vous prenez la bonne attitude, c'est le meilleur qui
vous arrivera; mais si vous avez peur quand quelque chose
de désagréable vous arrive, alors vous ne pouvez rien faire.
Il faut avoir cette confiance au-dedans de vous, quelle que
soit la difficulté, quel que soit l'obstacle. La plupart du
temps, quand quelque chose de désagréable arrive, on dit : "Est-ce que cela va augmenter? Quel accident va encore
m'arriver?" et ainsi de suite. Il faut vous dire : "Ces
choses-là ne sont pas à moi : elles appartiennent au monde
subconscient; il est bien entendu que je n'ai rien à voir
avec ça, et si ces choses viennent encore me prendre, je
vais me débattre." Naturellement, vous allez me répondre
que c'est facile à dire mais difficile à faire. Mais si, vraiment, vous prenez
cette attitude de confiance, il n'est pas
de difficulté que vous ne puissiez vaincre. L'inquiétude?
rend la difficulté plus grande.
Évidemment, il y a une difficulté, c'est que dans votre
être conscient quelque chose ne "veut pas" de la difficulté,
désire sincèrement la surmonter, mais il y a d'innombrables mouvements dans
d'autres parties de votre conscience dont vous n'êtes pas conscient. Vous dites : "Je
veux me guérir de cela", malheureusement ce n'est pas le tout de dire : "Je
veux", il y a d'autres parties de la conscience qui se cachent pour que vous ne vous occupiez pas
d'elles, et,
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quand votre attention est détournée, ces parties
essaient de se manifester. C'est pourquoi je dis et je répéterai toujours : soyez parfaitement sincère; n'essayez pas
de vous tromper vous-même, ne dites pas : "J'ai fait tout
ce que je peux." Si vous ne réussissez pas, c'est que-vous
ne faites p'as tout ce que vous pouvez. Car, si vous faites
vraiment "tout" ce que vous pouvez, vous réussirez sûrement. Si vous avez quelque défaut dont vous voulez vous
débarrasser et qui persiste toujours, et que vous dites : "J'ai fait tout ce que je peux", vous pouvez être sûr que
vous n'avez pas fait tout ce qu'il fallait. Si vous l'aviez
fait, vous auriez triomphé, car les difficultés qui vous
arrivent sont exactement en proportion de votre force —
rien ne peut vous arriver qui n'appartienne à votre conscience, et tout ce qui appartient à votre conscience, vous
pouvez le maîtriser. Même les choses et les suggestions qui
viennent du dehors ne peuvent vous toucher qu'en proportion du consentement de votre conscience, et vous êtes
bâti pour être le maître de votre conscience. Si vous dites : "J'ai fait tout ce que je peux et cela continue quand même,
donc j'abandonne la partie", vous pouvez être certain
d'avance que vous n'avez pas fait ce que vous pouviez.
Quand une erreur persiste "quand même", cela veut dire
que quelque chose de caché dans votre être, sort tout d'un
coup comme un diable d'une boîte et prend le gouvernail de votre vie. Donc, il n'y a qu'une chose à faire, c'est d'aller à la chasse de tous les petits recoins noirs qui se
cachent en vous, et, si vous mettez une toute petite étincelle de bonne volonté
sur cette obscurité, elle cédera, elle disparaîtra, et ce qui vous paraissait impossible deviendra,
t non seulement possible, faisable, mais ce sera fait. Vous pouvez ainsi, en une minute, vous défaire d'une difficulté qui
vous aurait harcelé pendant des années. Je vous en donne
l'assurance absolue. Cela ne dépend que d'une chose : que vraiment, sincèrement, vous vouliez vous en débarrasser.
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Et c'est la même chose pour tout, depuis les maladies
physiques jusqu'aux difficultés mentales les plus hautes. ( Une parfis de la
conscience dit : "Je ne veux pas", mais derrière se cache un tas d'éléments qui ne disent rien, qui ne
se montrent pas, et qui veulent, justement, que les choses
continuent comme elles sont — généralement ' pour une
raison d'ignorance; ils ne croient pas que ce soit nécessaire
de se guérir; ils croient que tout est pour le mieux dans le
meilleur des mondes. Comme disait cette dame avec qui
j'avais ces entretiens : "Le manque de confort commence
dès que vous voulez vous changer." Un grand écrivain
français l'a répété et en a fait sa théorie la plus chère : "Les
misères commencent quand vous désirez vous perfectionner; si vous ne désirez pas vous perfectionner, vous n'aurez
pas de misères!" Je peux vous dire que c'est absolument
faux, mais il y a tout de même de ces choses en vous, qui
veulent absolument qu'on les laisse tranquilles, que l'on
ne vienne pas les déranger : "Oh! que vous êtes fatigant,
laissez-nous tranquilles!"
"Le monde entier est plein de ce poison [doute, hésitation, dépression] ; vous l'absorbez, chaque fois que
vous respirez. Si vous échangez quelques mots avec
un homme Indésirable, ou même que cet homme passe
seulement près de vous, vous pouvez attraper de lui la
contagion, [...] Tant que vous appartenez à l'humanité
ordinaire et menez la vie ordinaire, vos relations avec
les gens ont peu d'importance. Mais si vous voulez la
vie divine, il faut devenir très soigneux de vos fréquentations et de votre entourage."
Pour tâcher de résoudre ce problème, les ascètes s'en
allaient dans la forêt s'asseoir sous un arbre; là, évidemment, ils n'avaient pas à craindre la contagion des autres
êtres humains. Mais il est très difficile d'aller jusqu'au bout de cette
détermination,
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car on a vite fait de savoir qu'un
saint homme est assis sous un arbre en méditation, et immédiatement tout le
monde se précipite ! Non seulement
il n'échappe pas à la difficulté, mais il l'aggrave, car s'il est
une chose plus dangereuse que le reste, c'est d'enseigner
les autres. Vous en savez un tout petit peu et vous commencez à enseigner les autres, et vous êtes tout de suite
obligé de dire plus que vous n'en savez, parce, qu'on vous
pose des questions auxquelles vous ne pouvez pas répondre,
à moins que vous ne soyez un héros du silence. Dans le
monde, ceux qui veulent s'imposer comme instructeurs
spirituels, quand on vient leur demander quelque chose
qu'ils ne savent pas, ils l'inventent. Donc, si dans votre
discipline intérieure vous commencez à prétendre, vous
pouvez être sûr que vous tombez dans le pire des trous —
de toutes choses, prétendre est ce qu'il y a de plus néfaste.
Dans le monde, vous pouvez peut-être passer pour ce que
vous n'êtes pas, car les gens se laissent facilement tromper,
et cela ne vous conduira pas à une catastrophe (quoique,
si vous exagérez, cela conduit toujours à une catastrophe),
mais dans le monde spirituel, vous n'avez pas affaire aux
êtres humains, c'est au Divin que vous avez affaire; il vous
est impossible de prétendre que vous êtes ceci et cela, car
le Divin le sait mieux que vous, n'est-ce pas. Il sait ce que
vous êtes, et ce n'est pas ce que vous direz qui pourra
L'influencer.
Dans toutes les disciplines spirituelles, la première chose
que l'on vous apprend est de ne pas raconter vos expériences aux autres. Si vous avez besoin d'éclairer votre
esprit, dites vos expériences à votre instructeur spirituel et à
personne d'autre, et même vis-à-vis de votre instructeur spirituel, il faut être très soigneux. Quand vous lui présentez
ou expliquez ce qui s'est passé en vous, si vous vous observez attentivement, vous verrez qu'il y a des choses en vous
dont vous n'êtes pas totalement conscient; dans vos expériences il y a souvent
des trous,
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des interruptions dans la
continuité (il est extrêmement difficile d'arriver à la continuité de la, conscience et de pouvoir suivre les mouvements
jusqu'au bout), alors, si vous racontez l'expérience sans
vouloir ajouter quoi que ce soit, sans manquer de sincérité,
vous y mettez quand même ce qui manque Quand on
vient me raconter quelque chose, un événement intérieur,
on trouve parfois que je suis inattentive, que je n'attache
pas d'importance à ce que l'on me raconte — ce n'est pas
cela, c'est que j'écoute au-dedans, je vois ce qui est parfaitement exact et les petits faits que l'on a ajoutés. Et généralement, je n'encourage pas ces choses à cause de cela. Je
sais que l'on peut se sentir allégé, soulagé si l'on peut me
raconter ce qui s'est passé, mais alors il faut venir avec un
esprit si merveilleusement scientifique. Jamais un savant
ne vous dira : "C'est comme cela ou c'est comme ceci",
à moins qu'il n'ait fait toutes les expériences possibles pour
avoir la preuve de ce qu'il dit. Et pour les choses spirituelles, il faut suivre la même méthode. Au lieu de dire :
"J'ai fait cela, les choses se passaient comme cela", il faut
dire : "J'avais l'impression... les choses avaient l'air d'être
ainsi" et "Il me semblait qu'il y avait une relation entre
ceci et cela..." et pas seulement comme une formule de
conversation, mais comme quelque chose qui exprime
vraiment un état d'esprit. Si vous cherchez un éclaircissement, il ne faut pas expliquer la chose vous-même d'avance,
car une fois que vous m'avez donné l'explication, je n'ai
plus d'explication à vous donner! Vous m'apportez des
fleurs, par exemple, des fleurs de toutes sortes, mais vous ne
les arrangez pas, vous me dites : "Voilà, je vous apporte
des fleurs, c'est à vous d'en faire un bouquet." Comme
cela, c'est beaucoup plus facile pour moi, n'est-ce pas; je
peux prendre les éléments qu'il me faut et vous fournir
l'explication de ce qui est arrivé. Mais si vous m'apportez
un bouquet tout fait, dans lequel je vois des fleurs qui ne sont pas des fleurs,
qui sont des imitations, je ne peux rien vous dire, car il me faut uniquement
des choses Qui sont pour ainsi dire "pures".
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Donc, souvenez-vous de la recommandation : je suis toujours prête à vous entendre, mais
ne m'apportez pas des choses toutes faites. Donnez-moi
la notation exacte de ce qui est arrivé, et, même comme
cela, vous pouvez être sûr que dès qu'il y a transcription
mentale, le mental sait toujours boucher les trous — il
aime que les choses soient logiques, continues ; et sans que
vous le sachiez, tout à fait spontanément, il fournit les
éléments qui manquaient à votre expérience. Je n'accuse
personne, je sais que c'est un phénomène spontané. Il faut
être extrêmement attentif pour être tout à fait exact et
précis.
N'y a-t-il pas un danger à se dire : "Mes mouvements
ne m'appartiennent pas, je n'ai pas à m'en occuper"?
Oui, évidemment, si vous vous dites : "Je ne peux rien
faire, cela appartient à la Nature, il faut que le mouvement
suive son chemin naturel", vous faites ce que je vous ai dit
de ne pas faire, vous vous servez du Divin comme d'un
beau manteau pour couvrir la satisfaction de vos désirs.
Mais le mouvement opposé : "Je ne suis bon à rien parce
que cette idée m'a traversé le cerveau", est également faux,
n'est-ce pas.
Naturellement, s'il vous vient une impulsion dont vous
ne voulez pas, la première chose à faire est de vouloir
qu'elle ne vienne plus, mais si, au contraire, vous ne voulez pas sincèrement qu'elle disparaisse, alors gardez-la, mais n'essayez pas de faire le yoga. Il ne faut prendre le chemin
que si vous êtes décidé d'avance à surmonter toutes les difficultés. Il faut que la décision soit sincère et complète.
Vous vous apercevrez, d'ailleurs, au fur et à mesure que
vous avancerez, que ce que vous croyez complet ne l'est pas, que ce que vous
croyez sincère ne l'est pas, et alors vous ferez petit à petit des progrès;
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mais pour réussir, il faut avoir aussi totalement que possible la volonté de
progrès. Si vous avez cette volonté et qu'une impulsion
s'empare de vous avec violence, gardez ferme la volonté,
il ne faut pas que l'être vacille; il faut s'attendre à ce que
les choses viennent, n'est-ce pas, mais quand elles viennent,
dites-vous : "Bien, elles viennent d'en bas, mais je ne veux
pas qu'elles se reproduisent, elles ne sont pas à moi." Ce
n'est pas la même chose que de se dire : "Laissons faire
puisque c'est la Nature."
Il faut qu'il y ait déjà un commencement de réalisation
dans le vital pour qu'il se révolte contre les impulsions qui
lui viennent. La plupart des êtres humains, et même ceux
qui pensent faire le yoga, immédiatement quand une
impulsion arrive, disent : "C'est tout à fait bon, il n'y a
rien à faire, c'est tout à fait bon." Alors, si quelque chose
en vous se révolte, si quelque chose dit : "Je ne veux pas",
c'est la partie supérieure de votre être. Ce qui prend la
résolution de faire le yoga, ce n'est pas votre corps ni votre
vital, ni même votre mental, c'est la partie supérieure de
votre mental ou c'est votre être psychique. Ce n'est que
cela qui peut prendre la résolution — votre corps ne sait
pas très bien de quoi il s'agit, votre vital regarde le commencement de transformation avec une certaine anxiété,
le mental avec ses idées déclare : "Ceci peut se faire comme
cela, peut s'expliquer comme ceci", et ainsi de suite. Donc, si vous avez
une résolution, elle vient de la partie supérieure de votre être, et c'est sur elle qu'il faut vous appuyer,
pas sur autre chose — c'est cela le "je". Et il faut qu'il
comprenne finalement que ce n'est pas un "je" personnel,
mais universel et divin.
Mais n'est-ce pas le vital lui-même qui, finalement,
doit prendre la décision de se changer?
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Je peux vous garantir que le vital, laissé à lui-même, ne
prendra jamais la décision de se transformer — il est tout
à fait satisfait de lui-même et, par-dessus le marché,
étant
le complice du mental, le mental lui donnera toutes les
explications possibles de tout ce qu'il fait. Les gens" qui
vivent dans leur conscience vitale sont, même s'ils ne le
disent pas, toujours très contents d'eux-mêmes. Ils sont
aussi très contents de tout ce qui leur arrive et ils disent
toujours de leurs impulsions : "Comme c'est intéressant,
comme c'est intéressant!" Alors, si vous attendez que le
vital prenne la décision, vous pouvez attendre longtemps!
Il faut apprendre à votre vital qu'il doit obéir. Avant
d'éprouver une satisfaction, il faut qu'il comprenne qu'il
n'a rien d'autre à faire qu'à obéir. C'est pourquoi je dis
qu'il n'est pas très facile de commencer le yoga; si vous
n'êtes pas sincère, ne commencez pas.
Le corps est très obéissant; vraiment il essaie de faire de
son mieux, mais il ne sait pas à qui obéir, car, généralement, il n'est pas en rapport direct avec l'être supérieur
ou le psychique. Les impulsions lui viennent directement
du mental ou du mental revêtu de vital, et il fait ce qu'ils
désirent. Avant que le vital ne prenne une décision (et je
vous l'ai dit, ce n'est pas très facile pour lui de prendre
une décision), il faut qu'une lumière commence à naître
dans la partie la plus haute du mental, une lumière qui
vous mette en rapport avec une conscience supérieure ou
avec le psychique, et c'est sur cette lumière qu'il faut
prendre son point d'appui pour faire comprendre les choses
au mental, au vital et finalement au corps.
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